Selon de récentes études, Facebook rendrait ses utilisateurs égoïstes, narcissiques, addict et… dépressifs ! La star des réseaux sociaux aurait-il une si mauvaise influence sur se utilisateurs ? Le point avec Michael Stora, psychologue et spécialiste des mondes numériques.

 Egoïstes ! C’est ce qu’il ressort de l’étude, menée par le Pew Research Center (think tank basé à Washington) en février dernier. Elle a en effet démontré que la plupart des inscrits à Facebook recevaient plus qu’ils ne donnaient à leurs amis.

Le même mois, une étude a démontré que le réseau social serait plus addictif que l’alcool ou la cigarette. Des chercheurs de l’université Chicago’s School of Business ont constaté que la plupart des interrogés n’avaient pas pu s’empêcher de se connecter au site.

Le narcissisme est le troisième symptôme de la maladie Facebook. En mars dernier, la Western Illinois University a démontré que  les personnes mettant régulièrement à jour leurs statuts, publiant des photos et ayant le plus grand nombre d’« amis virtuels » auraient plus tendance à être narcissiques.

L’American Academy of Pediatrics a ajouté ce mois-ci un autre comportement à une liste déjà longue d’ « effets secondaires » : Facebook déprimerait les adolescents. Ces chercheurs ont évoqué les risques de repli dans la vie virtuelle au détriment des relations réelles. Le réseau social donne ainsi la sensation que ses amis ont une vie plus passionnante et l’on se sent alors moins important.

Facebook est-il réellement le moteur de tous ces comportements ? Les réponses de Michael Stora, spécialiste des mondes virtuels et auteur de Télé et jeux videos, Le bon dosage pour un bon usage, aux éditions Nathan.

 Psychoenfants : Trouve-t-on sur Facebook des personnes narcissiques, égoïstes, addict et dépressives comme l’indique ces études ?

Michael Stora : tout à fait, ces comportements sont les faces d’une même pièce : la pathologie narcissique. Une personne a besoin d’un « audimat intime ». Lorsqu’elle raconte sa vie sur Facebook, il y a quelque chose de narcissique. Les contenus publiés n’ont pas de filtre : c’est de l’internet-réalité à l’instar de la télé-réalité. La dépression est liée à ce comportement puisqu’elle émane d’un besoin d’une plus grande estime de soi, rendue possible grâce au regard des autres. L’addiction répond à ce besoin de reconnaissance.  L’égoïsme lui, dépend bien souvent du narcissisme et inversement.

 PE : Le site a-t-il une si mauvaise influence sur ses utilisateurs ?

M.S : Ce n’est pas le virtuel qui crée ces comportements. Il n’est pas plus fort que l’être humain. Cette influence est surtout présente dans les pays les plus développés, c’est le cas de la France où le narcissisme est une réalité clinique. Elle est aussi révélatrice d’un mal-être de la société, d’une certaine fragilité. Par sa configuration, Facebook nourrit cette admiration de soi.

 PE : Est-ce un phénomène qui touche davantage les adolescents ?

M.S : Les adolescents, parce qu’ils sont en période de transition, ont besoin de ces réseaux sociaux. Lorsqu’un enfant de 8 ans est sur Facebook, il est forcément « ami » avec ses parents. Ensuite, il s’en détache et cherche une part de famille autre part, chez des amis virtuels. Mais chez les adultes aussi il y a ce processus de narcissisation. Il y a des parents envieux de leurs enfants, qui cherchent à paraître plus jeune.

 PE : Facebook n’est-il pas finalement que le révélateur de ces comportements ?

 M.S : Internet révèle souvent le pire de chacun. L’hypocrisie sociale est présente dans notre société et internet est devenu un lieu de désinhibition. Il permet de dire ce que l’on ne dit pas dans la vie réelle. Il permet aussi de constater que des personnes vont mal. Elles cherchent un moyen d’exister face aux autres. Facebook ne rend pas narcissique, ça serait lui accorder trop d’importance, d’autres facteurs entre en jeu. Il est plus un ensemble de miroirs qui se reflètent les uns vers les autres.

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Image: FreeDigitalPhotos.net

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