Revenir à la semaine de 5 jours pour les enfants de primaire, serait la première mesure du nouveau Ministre de l’Education, Vincent Peillon. Une déclaration qui fait débat chez les psychologues de l’enfant. Explication.


Fatigués, épuisés, surchargés de travail ­ c’est ainsi que le ministre «diagnostique » les élèves actuellement astreints à la semaine de 4 jours,
mise en place en 2008 par le gouvernement précédent. C’est pourquoi, pour la rentrée 2013, le retour à la semaine de 5 jours allégerait les journées scolaires. Mais au-delà des positions partisanes, quelles seraient les véritables conséquences de cette réforme sur lenfant ? Deux expertes psychologues, Claire Leconte* et Véronique le Mezec**, ont accepté de répondre à nos questions.

Psychoenfants : En France, les enfants ont-ils vraiment des journées de cours trop chargées ?

Claire Leconte : Absolument, elles impliquent surtout une concentration des apprentissages sur quelques jours seulement, plutôt que de permettre de distribuer ces apprentissages sur davantage de jours de classe. Il ne faut pas oublier que 2 heures hebdomadaires ont été supprimées alors que le programme à réaliser est resté le même

Véronique le Mezec : Cette surcharge est d’autant plus remarquable pour les enfants déjà en difficulté, qui rappelons-le, sont astreints à deux heures de soutien supplémentaire.

P.E : Est-ce le samedi ou le mercredi qu’il faudrait remettre à «l’heure scolaire » ?

C.L : Beaucoup d’enfants se lèvent le mercredi matin pour se rendre en collectivité. Il est donc préférable de privilégier le samedi qui permet
d’éviter cette grande rupture de deux jours du week end. Le samedi autorise des rencontres entre parents et enseignants que n’autorisent pas les autres jours de la semaine.

P.E : Dans ce cas, vous êtes favorables à cette réforme ?

C.L : Tout à fait. Nous savons qu’une semaine de 4 jours crée de nombreuses ruptures dans le rythme veille-sommeil des enfants :ceux-ci ont la mauvaise habitude de se coucher plus tard dès lors qu’ils n’ont pas classe le lendemain, ce qui décale leurs horloges biologiques et ne leur permet pas de profiter réellement du sommeil. On voit cela le mardi soir, le vendredi soir, le samedi soir et cela déteint de plus en plus souvent que sur le dimanche soir. Dès lors, comment avoir en classe des enfants disponibles sur le plan cognitif ?

V.M : Je pense qu’on ne peut réduire cette réforme à des considérations uniquement quantitatives et que la réflexion sur les rythmes scolaires doit également s’inscrire dans une démarche qualitative : il n’est pas judicieux de revenir à une semaine de 5 jours sans penser au contenu des programmes.Les programmes écrits en 2008, contrairement aux années précédentes, ne sont pas adaptés aux enfants car ils exigent de ces derniers une maturité et des connaissances qu’ils n »ont pas encore acquises.

P.E : Mais alors, on pourrait rester à une semaine de 4 jours si on étalait mieux les activités et les contenus enseignés, selon les capacités des enfants ?

V.M : Il faudrait surtout une concertation plus globale entre éducateurs,enseignants et psychologues pour répondre à cette question. Il ne s’agit pas simplement des heures passées à l’école mais du contenu: passer une heure à apprendre des savoirs n’est pas la même chose que de rester une heure à la garderie. Si le retour à la semaine de 5 jours s’accompagne d’une réelle réflexion sur la qualité de vie à l’école, cela pourrait être un bon compromis entre exigences scolaires et bien-être des enfants.

*Claire Leconte est l’auteur de : « Des rythmes de vie aux rythmes scolaires: quelle histoire ! », Septentrion (mai 2011)

**Véronique le Mezec est présidente de l’AFPEN ­ Association Française des Psychologues de l’Education nationale

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