Michael, un américain de 9 ans, inquiète ses proches par ses crises de colère et ses accès de violence répétés. D’après un article du New York Times paru le 13 mai 2012, Michael aurait été diagnostiqué psychopathe par un chercheur de l’université de Floride. Surpris par ce diagnostic, la rédaction du magazine Psycho Enfants est allée à la rencontre du psychologue Dan Waschbusch

Psycho Enfants : vous avez qualifié Michael de psychopathe. Pourquoi ?

Dan Waschbusch :Il s’agit en fait d’une prise de liberté inappropriée de la part du New York Times. Je n’ai jamais diagnostiqué Michael comme psychopathe. Et je ne pense pas qu’il soit judicieux de le faire, ni sur un plan empirique, car aucune donnée ne permet de le valider, ni sur le plan éthique étant donné les risques de stigmatisation pour l’enfant.

 

P.E : Dans ce cas, comment qualifier un enfant marqué par des «symptômes» que l’on attribue généralement aux psychopathes (froideur, manipulation, manque de remords, tromperie, tendance à blâmer autrui …)?

D. W : Dans les cas extrêmes, on parle de «trouble des conduites» ou de callous unemotional children (enfants froids et sans émotions).

P.E : Mais, tous les enfants peuvent être parfois froids et sans émotions. Peut-on alors parler de« trouble des conduites » …

D. W : Vous soulevez un des problèmes majeurs que posent le débat sur la psychopathie et les diagnostics psychiatriques en général. Faut-il penser la psychopathie comme un état permanent ou bien comme une étape ponctuelle ? A mon avis et à travers mon propre travail avec les enfants, les symptômes n’ont pas un caractère permanent. Un enfant atteint peut ne pas présenter ces symptômes, ou bien en présenter d’autres. On ne peut pas dresser une typologie précise de la maladie car comme pour n’importe quel autre trouble, les représentations et diagnostics sont divers et variés.

P.E : Souvent, on représente l’enfant comme un être innocent et spontané alors qu’au contraire, un enfant atteint du « trouble des conduites » est marqué par le calcul, la manipulation et la froideur. Où va t-il puiser ces « comportements d’adultes » ?

D. W : Les enfants sont plus compétents qu’on ne le pense. En effet, ils peuvent être innocents et spontanés, mais ils peuvent aussi montrer un comportement calculateur. Beaucoup de parents, d’instituteurs et de psychologues m’ont fait part de cas d’enfants qui présentent ces symptômes extrêmes et je peux vous dire que quelques unes des histoires qu’ils racontaient étaient extrêmement choquantes.

P.E : Peut-on guérir de ce «trouble des conduites»?

D.W : Si par guérir vous entendez revenir à la normale et éprouver de l’empathie et des émotions à l’instar des autres enfants, je dirais que c’est peu probable. Par contre, si vous parlez d’une amélioration progressive de leur condition, la réponse est oui. Par ailleurs, pour certains enfants, cet état d’anxiété et de stress n’est pas permanent selon les situations qu’ils vivent.

P.E : Que faire si votre enfant souffre de ce trouble ?

D.W : Tout d’abord, ne le stigmatisez pas comme une sorte de psychopathe et ne perdez surtout pas espoir. Ensuite lui faire suivre un programme de soutien au comportement positif * peut être un bon début. D’autres traitements existent aussi mais doivent être respectés sur un long terme. Beaucoup de conseils et d’explications sont à votre disposition sur le site du Centre pour les Enfants et les Familles.

* un programme américain qui vise à encourager et  récompenser les comportements positifs recherchés à l’école

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