« Big Brother » n’est pas celui qu’on croit ! En effet, 45% des parents espionnent leur ado sur Facebook ! C’est ce que révèle une récente enquête de la société de sécurité AVG. Alors, inquiétude légitime ou curiosité mal placée ? Eléments de réponse avec Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste.

 

À l’heure où la star des réseaux sociaux entre en bourse, près d’un parent sur deux a déjà accédé au compte Facebook de leur ado, à son insu. C’est en tout cas ce que révèle une enquête menée dans plus de 11 pays auprès de 4 400 parents d’enfants âgés de 14 à 17 ans. Si 92% sont « amis » avec leur enfant, ils sont 72% à avoir directement accès à leur compte grâce à leur mot de passe. Mais les Français ne détiennent pas le record du vilain défaut. C’est en Italie, en Espagne et aux Etats-Unis qu’ils sont les plus inquisiteurs puisque 61% des parents surveillent leur enfant sur Facebook, suivis de près par les Canadiens (54%).

Comment prévenir des risques d’Internet sans se mettre son ado à dos ? Les réponses de Serge Tisseron, spécialiste du monde numérique et auteur de Faut-il interdire les écrans aux enfants *?

Psychoenfants : Faut-il espionner ses ados sur Internet ?

Serge Tisseron : Surveiller son enfant sans qu’il le sache est une atteinte à sa vie privée et traduit un manque d’empathie à son égard ! Accepterions-nous que notre conjoint surveille nos correspondances « pour nous protéger » ? Non.

PE. : Que recherchent les parents en espionnant leurs enfants sur Facebook ?

S.T: On observe deux types de comportements chez les parents qui espionnent leurs enfants sur Facebook. Il y a ceux qui le font par inquiétude, c’est alors un acte de surveillance. Mais pour certains parents, c’est seulement de la curiosité et un moyen de contrôler la vie de leurs petits.

PE. : Selon cette étude, les mères seraient plus intrusives que les pères (49% contre 39%). Pourquoi selon vous ?

S.T : Les mères ne sont pas forcément plus inquiètes que les pères, mais elles ont probablement plus de difficultés à voir leur enfant s’éloigner d’elles : elles l’ont porté, nourri, choyé. La douleur de séparation est plus vive chez elles, et la tentation plus grande de retarder le moment où elles accepteront que leur enfant vole de « ses propres ailes ».

PE. : A partir de quel âge peut-on les laisser aller seul sur Internet ?

S.T: Le jeune adolescent peut commencer à « surfer » seul sur la toile à partir de 12 ans. Néanmoins, pour ce qui est de Facebook, il faut en principe avoir 13 ans, mais beaucoup y vont bien avant, dès 9 ans, voire 8. À cet âge, il est bien difficile de comprendre que tout ce qu’on met sur la toile risque de tomber dans le domaine public indéfiniment. Il faut alors les y accompagner jusqu’à l’âge de 13 ans.

PE. : Justement, comment prévenir des risques du net ?

S.T: Une bonne prévention se fait en amont. Les parents doivent fixer à leurs enfants des limites claires, notamment au niveau du temps de connexion, pour éviter que l’utilisation de la Toile tourne mal. Il est nécessaire d’adopter certaines règles d’usage, de convenir ensemble d’horaires prédéfinis de navigation, de mettre en place un contrôle parental et de ne pas laisser l’enfant se connecter la nuit  à Internet de manière illimitée depuis sa chambre.

PE. : Comment éduquer les enfants aux médias ?

S.T: L’éducation à une utilisation consciente de l’Internet est importante. Toutefois, pour qu’elle atteigne son but auprès des jeunes, l’éducation aux médias devrait être très bien pensée. Elle devrait par exemple montrer que le risque dans l’utilisation de l’Internet ne vient pas seulement, loin s’en faut, de ce que la personne révèle d’elle-même. En effet, les médias numériques collectent et exploitent également les traces que nous laissons à notre insu ou qui sont mises à disposition par des tiers (tags, photos de soirées, commentaires…)

* aux éditions Mordicus

Retrouvez cet article sur notre site, ici

Image: FreeDigitalPhotos.net

Publicités