Réalisée par des sociologues américains, une enquête a établi la conclusion étonnante qu’allaiter sur une longue durée provoquerait une baisse des revenus financiers. Comment expliquer ces résultats ?

Dans toutes les cultures et traditions, donner le sein est souvent représenté comme un acte sain et gratuit. Or, l’allaitement est loin de faire l’unanimité lorsqu’il s’agit de conserver ses revenus. En effet, une nouvelle étude publiée en avril 2012 dans la revue American Sociological Review montre que les femmes qui font le choix d’allaiter leur enfant ont vu leurs revenus diminuer considérablement contrairement aux mères qui ont privilégié d’autres options. Pour parvenir à cette observation, l’enquête s’est appuyée sur un échantillon de 1313 mères américaines. Résultat : les revenus de celles qui nourrissent au sein baissent sensiblement au cours des cinq années qui suivent la naissance de bébé.

Travail ou allaitement : le dilemme

De prime abord, le lien entre l’allaitement et la baisse des revenus peut sembler bien incongru. Or, la corrélation entre ces deux éléments n’est pas une fatalité mais dépend de facteurs externes, sociaux et politiques : le temps passé à allaiter est autant de temps de moins passé à travailler, ce qui explique la perte d’argent. Cette observation met en évidence la difficulté pour les mères de concilier travail et allaitement. En France, malgré une législation qui permet aux femmes, pendant les heures de travail, de disposer d’une heure pour allaiter, celles-ci ne sont pas suffisamment soutenues par les entreprises pour appliquer leur droit. En effet, tenir cet engagement maternel tient plus du parcours du combattant compte tenu de la brièveté des moments d’allaitement autorisés, de l’absence de salle appropriée pour tirer le lait et de l’inertie de la société face à ce problème.

Allaiter : un droit et un besoin

Nourrir au sein est le moyen idéal d’apporter aux nourrissons tous les nutriments dont ils ont besoin pour grandir et se développer en bonne santé. À l’heure où l’Organisation Mondiale de la Santé recommande un allaitement de six mois minimum, les statistiques gouvernementales américaines montrent que seulement 23,8% des mamans suivent cette recommandation ; et la crainte de voir ses revenus revus à la baisse apparaît comme un des facteurs à cette réticence.
À travers cette enquête, les chercheurs Phyllis Rippeyoung et Mary Noonan espèrent enjoindre les pouvoirs publics à « adopter une loi protégeant le droit d’allaiter au travail (…) pour qu’elles puissent gagner leur vie et nourrir leur bébé sans devoir faire un choix ».

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