Pour lutter contre le sexisme, une crèche suédoise tente une nouvelle expérience : bannir le « il » et le « elle » lorsque le personnel s’adresse aux enfants. La directrice de la crèche explique que « les enfants ne doivent pas se sentir limités par leur genre ». L’équipe emploie le pronom sexuellement neutre hen pour s’adresser aussi bien aux filles qu’aux garçons. Mais cette pratique pose la question de la recherche d’identité sexuelle chez les enfants et fait débat dans le milieu psy. Docteur en psychologie et co-auteur de Filles-garçons : socialisation différenciée (PUG), Anne Dafflon-Novelle répond à PsychoEnfants sur cette question.

PsychoEnfants : Pensez-vous que cette expérience qui consiste à nier le genre de l’enfant est une bonne chose ?

Anne Dafflon-Novelle : Je pense que cette idée de neutralité est une très mauvaise idée. Pour les enfants, l’identité sexuelle est une chose primordiale. Pendant les deux premières années, les petits n’appréhendent le monde qu’à travers deux catégories sociales, l’âge et le sexe. Les qualifier de neutre reviendrait à nier leur identité. De la même façon, rendre un métier ou une activité neutre n’est pas une solution, il faut plutôt les rendre possibles autant pour les filles que pour les garçons.

P.E. : De quelle façon rend-on les activités comme le foot ou la danse, possibles aussi bien pour les filles que pour les garçons ?

A. D-N. : Il s’agit en fait de comprendre le développement de l’identité sexuelle chez l’enfant. Avant 5 ans environ, leur identité sexuelle repose sur des codes sexués, comme les cheveux longs ou courts, les robes, le rose et le bleu… Ces codes sont très importants puisque c’est par eux qu’un enfant se définit comme un garçon ou une fille. Après cet âge, on considère qu’ils ont terminé leur construction d’identité sexuelle. Ils ont aussi une conscience biologique de leur sexe et sont plus flexibles dans leur choix d’activité. Les filles peuvent faire du judo et les garçons de la danse mais le cliché qui dit que la danse est faite pour les filles persiste. En observant autour de lui, l’enfant se rend bien compte que certaines activités sont réservées à un sexe en particulier. Pour que les choses changent, il faut présenter toutes les activités de qualité équivalente et de manière positive. C’est-à-dire qu’il faut qu’il y ait autant de filles que de garçons dans une équipe de foot. On passe par la sexuation d’une activité pour la rendre neutre.

P.E. : Que peuvent faire les parents pour lutter contre le sexisme lorsque les enfants sont jeunes ?

A. D-N. : Actuellement, on vit dans une société de consommation et le marketing exploite la stratégie de sexuation des objets pour les vendre. En sexuant par exemple un vélo basique, on va lui rajouter des logos, le teindre d’une couleur en particulier. Ce sont des éléments qui sont encrés dans l’esprit de l’enfant. Prenons l’exemple d’une famille qui a une fille aînée à qui l’on a acheté un vélo rose avec des fleurs. Le fils cadet refusera de monter sur le vélo de sa sœur qui a grandi parce que « c’est un vélo de fille ». De ce fait, la famille sera peut-être amenée à acheter un second vélo. Le marketing, en utilisant le développement psychologique des enfants, a aujourd’hui une influence considérable. Il faudrait déjà que les parents soient informés afin de mieux résister à ses stratégies de publicité et dans ce cas acheter un vélo plus neutre. Il suffit aussi d’expliquer aux enfants, filles et garçons, qu’il n’y a pas de frontières entre eux. Les enfants sont tout à fait capables de comprendre.

Retrouvez notre article « L’éducation, nouvelle arme anti-sexiste ? » dans notre magazine 39, en cliquant ici.

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