Après 32 heures de siège, Mohamed Merah, l’auteur présumé des tueries des militaires à Montauban et de trois enfants et un professeur de l’école juive à Toulouse, a été tué hier après-midi au moment de l’assaut par le Raid. Retour sur une personnalité complexe avec Gérard Lopez*, psychiatre.

PsychoEnfants : Beaucoup de gens qui ont connu Mohamed Merah l’ont décrit comme quelqu’un de « calme ». Comment peut-on expliquer que cette même personne soit capable de telles atrocités ?

Gérard Lopez : Mohamed Merah souffrait d’un grave trouble de la personnalité, il était ce que l’on appelle un borderline avec aménagement antisocial, c’est-à-dire qu’il était en fait assez indifférent vis-à-vis des autres. Donc, le fait qu’il soit perçu comme une personne calme n’est pas étonnant puisque les « psychopathes », comme lui, sont charmants et superficiels, ils sont même souvent appréciés par les personnes extérieures. Mais ils sont instables et impulsifs, et peuvent agir sur un coup de tête. Ce sont probablement des sautes d’humeur qui ont amené M. Merah à changer d’avis plusieurs fois pendant les négociations. Ils sont également très manipulateurs et fins stratèges.

P.E. : Y a-t-il des éléments pendant l’enfance qui font qu’un jeune sera plus prédisposé à tomber dans une telle extrémité ?

G.L. : Plusieurs études longitudinales ont confirmé que 2 ans était l’âge où les humains étaient les plus violents, c’est une étape normale de leur construction. Mais 4 % des enfants resteront violents toute leur vie. On remarque qu’ils vivent généralement dans des conditions socioculturelles difficiles. La pauvreté, le manque d’autorité d’une mère-célibataire ou les maltraitances sont autant de facteurs qui poussent les enfants à de tels extrêmes. Mohamed Merah faisait malheureusement partie de ces 4 %.

On sait qu’il manquait d’une autorité paternelle. Enfant, il n’avait pas de cadre pour se structurer. Son frère, aux idées plutôt radicales, est naturellement devenu un modèle d’identité et a exercé une forte influence sur lui. Quand on ne peut pas régler ses problèmes avec son père, on cherche à le faire avec d’autres figures d’autorité.

P.E. : Que pensez-vous de la réaction, pour le moins surprenante, de la mère qui a refusé de parler à son fils ?

G.L. : C’est la manifestation d’un manque d’amour évident. Normalement, une mère défend ses enfants, et se bat pour eux jusqu’au bout. Or ici, son refus de communiquer avec son fils est une forme de maltraitance, qui laisse supposer que ce comportement vis-à-vis de lui n’est pas nouveau.

P.E. : Hasser Chalgouni, Imam de Drancy, parle d’un problème à la fois social et identitaire, qu’en pensez vous ?

G.L. : L’absence du père témoigne surtout d’un manque de racines, de repères, et passe par une recherche de son identité qu’il ne trouve pas au sein de sa famille. Mohamed Merah pensait avoir trouver la sienne dans l’islamisme. Lorsqu’on est confronté à de grandes difficultés, on se tourne généralement vers les valeurs traditionnelles les plus éprouvées. Ce manque de repères a fait de Mohamad Merah une personne fragile et plus facilement manipulable. Cela va au-delà du problème d’identité, on parle dans le cas du jeune homme de carence narcissique. C’est un manque d’estime de soi-même, de confiance.

Le point sur lequel il me semble important d’insister est la maltraitance. On en parle peu en France, mais qu’elle soit psychologique ou physique, elle fait des dégâts considérables sur l’enfant. Je tiens d’ailleurs à rappeler qu’aujourd’hui c’est deux à trois enfants qui meurent de maltraitance par jour.

* Gérard Lopez est l’auteur de Psychocriminologie – Clinique, prise en charge, expertise aux éditions Dunod.

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