Lundi 19 Mars dernier, une école juive de Toulouse a été victime d’une fusillade. Dans la matinée, alors que les enfants se trouvaient à l’entrée de l’établissement, un homme en scooter et armé a abattu l’enseignant de religion et ses deux enfants âgés de 4 et 5 ans, et blessé un troisième enfant. Au lendemain des évènements sanglants qui ont choqué toute la France, une minute de silence a été demandée par N. Sarkozy dans tous les établissements du pays.
Hélène Romano*, spécialiste en psychotraumatisme, a accepté de répondre à nos questions, pour mieux comprendre ce que les enfants peuvent ressentir dans de telles circonstances.

PsychoEnfants : Comment doit-on aborder cet évènement avec les enfants qui y ont assisté directement ?

Hélène Romano : Pour les enfants qui ont vu de leurs propres yeux ce qu’il s’est passé, il faut en parler avec eux, mais ne surtout pas les forcer. Certains seront prêts à s’exprimer tout de suite, d’autres peuvent avoir besoin de plus de temps, des semaines voir des mois. Il faut attendre que l’enfant puisse formuler ses mots sans le brusquer. Le plus important est de rester disponible et ouvert à la conversation.

P.E. : Et pour les enfants qui ont vu les images à la télévision, ou en ont entendu parler ?

H. R. : Ceux qui n’ont pas assisté au drame peuvent ressentir un fort sentiment de culpabilité et se demander pourquoi cela est arrivé aux autres enfants et pas à eux. C’est la culpabilité du survivant. Dans ce cas, il ne faut pas les contredire en voulant les rassurer sur ce sentiment. Il faut essayer de comprendre pourquoi ils se sentent coupables, pour les mener à un raisonnement plus cohérent, leur faire comprendre par eux-mêmes qu’ils n’ont pas à ressentir ce poids.

P.E. : M. Nicolas Sarkozy s’est exprimé dans un collège parisien mardi matin, en expliquant aux élèves que cela aurait pu leur arriver à eux aussi. Ca peut être aussi traumatisant ?

H. R. : Oui tout à fait, par ce discours, il accentue le sentiment de culpabilité, et c’est un poids trop lourd pour les enfants. Ils n’ont pas besoin qu’on les identifie aux enfants décédés, car ils ont déjà ce sentiment d’appartenance. Mais je pense que le Président à ce moment-là était pris d’une forte émotion et ne réalisait pas ses propos.

P.E. : Quels mots utiliser pour parler de cet homme qui a provoqué la fusillade ?

H. R. : Tout dépend de l’âge des enfants. À la maison comme à l’école, pour les tout petits, le mot « méchant » suffira pour qu’ils comprennent son rôle dans les évènements survenus. Pour les plus grands, primaires et collégiens, on peut s’expliquer avec davantage de vocabulaire, mais en surveillant son discours. Si l’on ne maîtrise pas toutes les informations sur la personne et ce qu’il a fait, il faut modérer son discours: utiliser du conditionnel, préciser lorsque la réponse à leurs questions est encore une hypothèse. Il ne faut pas non plus user de termes trop forts ou condamnants.

P.E. : Que penser de la minute de silence mise en place par M. Nicolas Sarkozy dans tous les établissements français ?

H. R. : La minute de silence est un moment de recueil collectif. Elle doit être préparée et expliquée par les professeurs, et comprise par les élèves. Il faut accompagner l’enfant dans toute cette démarche. Dans certains établissements, les élèves sont arrivés au lendemain du drame, sans savoir ce qu’il s’était passé. Il n’y a aucun sens à leur imposer ce moment d’émotion fort dans ce cas-là. En ce qui concerne les plus petits, en maternelle, c’est totalement inutile. Ils ne réalisent même pas encore ce que représente une minute entière.

* Hélène Romano est l’auteur de L’école face au traumatisme et à la violence, et de Dis, c’est comment quand on est mort ?, parus aux Editions La pensée sauvage

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