Diane Drory, psychologue et psychanalyste, vient de publier Au secours ! Je manque de manque ! Un livre qui résonne comme un cri d’alarme face aux parents qui gâtent trop leurs enfants. Une intention louable qui finit malheureusement par avoir de lourdes répercussions sur les enfants qui perdent alors tout désir. Entretien.

PsychoEnfants : Comment expliquez-vous le fait que les parents veulent tout donner à leur enfant ?

Diane Drory : Nous sommes dans une société de performance où il est important de bien faire les choses, où l’enfance doit être heureuse. De nos jours, la naissance des enfants est réfléchie et ils sont davantage désirés. Les adultes se sentent donc priés de faire tout ce qu’il faut pour assurer leur bonheur. Ils veulent accomplir leur rôle, à tout prix. Ils ne veulent rien avoir à se reprocher et souhaitent que leurs enfants ne puissent rien leur reprocher non plus. Ils pensent que pour y parvenir, ils doivent donc anticiper tous leurs désirs pour qu’ils ne manquent de rien.

 P.E. : Pourtant vous dites que le désir est une chose importante…

Diane Drory : Oui, le désir est essentiel car il donne un sens à la vie, il fait avancer. Lorsqu’un enfant dit « Je rêve de… J’ai envie de… », il se projette, il se donne des objectifs. Mais pour pouvoir désirer, il faut un espace de temps, de manque qui permet de se projeter dans sa propre vie. Nous avons tous besoin de manger, de dormir. C’est nécessaire à notre bien-être. Le désir est davantage de l’ordre du psychique mais est tout aussi important. Il est ce qui nous humanise. Les parents qui accomplissent tout pour leur enfant ne lui laissent pas le temps d’espérer, de désirer. Ils le privent de sa liberté de penser. Le mieux devient alors l’ennemi du bien.

 P.E. : Quelles peuvent être les répercussions sur un enfant si ses parents sont trop après lui ?

Diane Drory : En voulant faire son bonheur ils risquent de créer son malheur. Ils tuent la possibilité de se faire des projets, sa vie psychique. L’existence paraît alors moins intéressante à l’enfant qui manque de désir. On l’empêche de vivre sa vie. Si un enfant est distrait, et que ses parents pensent à sa place, lui rappellent tout le temps ce qu’il doit faire, celui-ci n’aura pas le sens des réalités. Il ne comprendra pas les répercussions de ses oublis. Il en va de même avec un enfant à qui l’on donne tout ce qu’il pourrait vouloir, il ne connaîtra pas la frustration, et n’apprendra pas à accepter le manque. Plus tard, au lycée ou dans la vie active, certains tombent des nues. Ils ont l’impression que soudain la vie est mauvaise avec eux, parce qu’ils n’ont pas été confrontés à la réalité avant. En faisant toujours tout pour eux, on les a éduqués dans une situation de leurre. Cette réalité peut déstabiliser un jeune qui trouvera alors la vie insupportable. Attention donc à ne pas vouloir trop bien faire les choses !

À lire : Au secours ! Je manque de manque !, Diane Drory, De Boeck

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