Courant octobre, une proposition de loi a été déposée pour que la garde alternée soit décidée lorsque les parents qui se séparent ne trouvent pas d’accord. L’association Enfance et Partage* tient pour sa part à mettre en garde des éventuels impacts psychologiques de cette situation sur les jeunes enfants. En effet, cette association de défense des droits des enfants, relève qu’un tiers des appels reçus sur sa plateforme téléphonique concerne la résidence alternée. Autres chiffres mis en avant par l’association : 15 à 20% des enfants de parents divorcés seraient actuellement dans une situation de garde alternée, contre moins de 5% il y a dix ans, c’est-à-dire lorsque la loi a mis en place cette mesure, en mars 2002. Pour l’association, il est important que l’âge de l’enfant soit pris en compte dans une situation de garde alternée.
Explications avec Caroline Merten, psychologue et écoutante sur la plate-forme Allo Parents Bébés**, qui dépend de l’association Enfance et Partage.

PsychoEnfants : Quels sont les risques de la garde alternée chez les petits de moins de 3 ans ?
Caroline Merten : À travers les appels que nous recevons et qui concernent les enfants de la naissance à 3 ans, nous nous apercevons que les parents observent des changements de comportements chez leurs enfants qui sont en garde alternée. Ceux-ci sont par exemple plus agressifs. Cela peut s’expliquer par le fait que l’enfant tente d’avoir du pouvoir sur des petites choses, des éléments qu’il peut maîtriser puisqu’il sent qu’il ne contrôle pas ce qui se passe entre ses parents. Parfois, lorsque le petit enfant se sépare de son parent qui s’occupait le plus souvent de lui avant la décision de garde alternée, il peut avoir besoin d’être auprès de lui tout le temps lorsqu’il le retrouve, de ne pas le quitter des yeux. Aller se coucher peut aussi poser problème car l’enfant peut vivre ce moment comme une séparation définitive. Bien sûr, cela dépend aussi de l’enfant, de ses capacités à comprendre la situation, mais également de ce qui a été dit par les parents, de la façon dont ils arrivent ou non à le protéger de ce qui se joue entre eux.

PE. : Quelle serait alors la meilleure solution pour les enfants de moins de 3 ans lorsque les parents divorcent ?
C.M. : Il n’y a, bien sûr, pas une réponse type, mais beaucoup de chercheurs s’accordent à dire qu’il faut adapter la garde alternée lorsqu’un enfant est petit et faire en sorte qu’il reste avec le parent qui s’occupe le plus de lui. L’autre parent commence par venir le prendre une demi-journée ou une journée et, petit à petit, à intégrer une nuit, mais pas tout de suite. C’est surtout le moment de la nuit qu’il faut faire venir progressivement, car cela implique que l’enfant se trouve dans un environnement nouveau où il n’a pas ses habitudes. Un petit enfant a besoin, tant dans la relation à son parent que dans son environnement, qu’il y ait une continuité, une régularité pour qu’il puisse trouver son rythme.

PE : Lorsque les enfants sont plus grands, la garde alternée est-elle la meilleure solution pour garantir leur bon développement ?
C.M. : Tout dépend des raisons pour lesquelles la garde alternée est décidée. Il est important de savoir si un parent souhaite la garde partagée simplement pour revendiquer autant de droit que l’autre parent ou s’il a réellement pensé aux besoins de l’enfant. Il ne faut pas que les parents demandent la garde alternée simplement pour se venger ou régler leurs comptes. En fait, c’est un peu comme la télévision, ce n’est pas tellement la chose en elle-même qui est dangereuse, mais plutôt l’utilisation que les gens en font. Il faut que les parents prennent le temps de réfléchir aux raisons pour lesquelles ils décident cela, s’il n’y a pas un enjeu autre que les besoins de l’enfant. Il faut aussi qu’ils communiquent le plus possible et qu’ils échangent en tant que parent, même s’ils ne sont plus ensemble en tant que couple. Par contre, il est vrai qu’en grandissant, un enfant peut davantage comprendre certaines choses, même si chacun avance à un rythme différent selon ses capacités, son vécu. Il est capable de comprendre qu’en quittant sa maison, il ne quitte pas pour autant son parent de manière irréversible, chose dont le petit enfant ne peut pas avoir conscience.

*http://www.enfance-et-partage.org/
**Site Internet : http://www.alloparentsbebe.org/
Numéro vert : 0 800 00 3456

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