Dans son nouvel ouvrage Bien avec soi-même, bien avec les autres, la psychothérapeute Béatrice Millêtre nous livre ses conseils pour apprendre à s’affirmer. La spécialiste nous aide à trouver le juste équilibre entre nous et notre entourage.

PsychoEnfants : Qu’est-ce qui vous pousse à écrire sur ces thèmes de confiance et d’affirmation de soi ?

Béatrice Millêtre : Ces dernières années, on a vu émerger des stages de développement personnel avec pour mot d’ordre « Affirmez-vous ». En recevant des gens qui ont suivi ces stages, je me suis rendu compte que ces cursus proposent des conseils pour s’affirmer sans tenir vraiment compte de l’environnement de chacun. Je me souviens d’une jeune fille notamment, qui, après les quinze séances réglementaires de sa formation, avait appris à dire non, faire une critique, dire son opinion, mais elle avait perdu tous ses amis. C’est une bonne idée de vouloir s’affirmer, mais dans ces séances de développement personnel, on oublie souvent qu’il y a les autres en face. C’est là-dessus qu’on propose un peu quelque chose de différent, ce livre n’est pas juste en rapport avec l’affirmation de soi, il s’agit ici d’être bien avec soi-même pour être bien avec les autres et vivre avec ses congénères.

PsychoEnfants : En quoi est-ce si important d’avoir confiance en soi ? Est-ce indispensable pour être heureux ?

B.M. : C’est indispensable pour être bien dans sa peau. On retrouve un peu le « Connais-toi toi-même » d’Aristote. Si on n’a pas cette confiance en soi, on ne va pas s’écouter, on agira à contre-courant de sa volonté. On va donc faire des choses qui ne nous correspondent pas, souvent sous le poids de l’influence sociale. L’affirmation de soi est un continuum, elle doit correspondre à votre personnalité. Si on prend Mère Teresa, c’est une femme qui n’était pas du tout affirmée, dans le sens où elle a oublié sa personnalité au profit des autres. Mais elle a mis sa vie en adéquation avec ce qui lui correspondait. On la verrait mal en PDG ou président de la République car elle n’a pas les qualités intrinsèques requises, et inversement on imaginerait mal un représentant politique dans le rôle de Mère Teresa. Au-delà de ces exemples, j’estime qu’on réussit sa vie quand on parvient à la mettre en adéquation avec ses aspirations. Et c’est ça l’important, s’affirmer à bon escient, en fonction de sa personnalité et de celle des autres.

PsychoEnfants : Vous parlez beaucoup du juste milieu, de la bonne distance entre l’individu et les autres. Comment savoir si on se trouve à cette bonne distance de ses semblables ?

B.M. : Dire les choses de façon correcte, sans agressivité ni provocation, et sans chercher à avoir raison à tout prix est un bon indicateur. De l’autre côté, il faut aussi être en mesure de recevoir la parole de l’autre. Bien évidemment, cela n’implique pas forcément d’être en accord avec lui, mais juste d’accepter de l’écouter. C’est ainsi que le dialogue se construit et que les interlocuteurs peuvent rebondir. Il existe de nombreux profils qui indiquent qu’on n’est pas à cette bonne position : la « victime », le clown qui se décrédibilise avant que les autres ne puissent le faire, le marchand qui achète l’estime de l’autre, l’extraverti trop affirmé qui a à cœur de montrer au reste du monde que c’est lui le plus fort (présentant ce qu’on appelle une « haute estime instable »)… De façon générale, on aspire à ressembler à ce dernier, alors qu’il n’a en fait pas trouvé le juste équilibre entre lui et les autres.

Bien avec soi-même, bien avec les autres, Béatrice Millêtre, Payot Rivages

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