En Charente-Maritime, neuf collèges ont instauré, depuis la rentrée de septembre, un nouveau système d’évaluation des élèves. L’arrêt de la notation « sur 20 » a occasionné un bilan bien mitigé.

Dureté envers les élèves les plus fragiles, « notation sanction », concurrence exacerbée au sein de la classe… L’appréciation chiffrée est de plus en plus remise en cause. Pour de nombreux professionnels, la hiérarchie imposée par ce système de notation aurait plutôt tendance à entraver la progression des enfants qu’à la conforter. Avec la nouvelle mesure, mise en place par une dizaine de collèges en Charente-Maritime, on passe d’une évaluation de l’élève à une prise en considération désormais axée sur les compétences. Autrement dit, ce n’est plus la position du collégien par rapport aux autres qui est mise en évidence, mais celle qu’il occupe dans son processus d’apprentissage.

Une évaluation par lettres

L’habituelle notation sur 20 laisse désormais place aux « évaluations de compétence » : A (acquis), EA (en cours d’acquisition), ou NA (non acquis). Si le ministre de l’Education nationale, Luc Chatel, considère que l’arrêt des notes « n’est pas à l’ordre du jour », l’article 34 de la Loi Fillon de 2005 autorise l’expérimentation.

Un bilan contrasté

Un dispositif similaire avait déjà été testé en 2009, à Roubaix. Au collège Maxence-Van-der-Meersch, des briques de couleur symbolisant l’acquisition des compétences avaient remplacé les notes d’une classe de 6ème. Sans succès : l’initiative, par son absence de compétitivité, avait démotivé les élèves. Les résultats ne sont pourtant pas les mêmes partout. À l’établissement Jean Guiton, dans la commune de Lagord, près de la Rochelle, la classe de 6ème « sans note » a vu son nombre d’inscrits augmenter cet été, grâce à un soutien appuyé des familles et une solidarité louable entre les élèves.

Pour se faire un avis, PsychoEnfants a interrogé Jean-Luc Aubert, psychologue spécialiste de l’enfant et de l’éducation.

PsychoEnfants : Estimez-vous qu’il y a un problème dans la notation « classique » des collégiens ?
Jean-Luc Aubert : Peut-être qu’elle a l’inconvénient, au collège, de marquer les enfants de façon beaucoup plus nette : on distingue assez facilement ceux qui sont en tête et en fin de classe. L’un comme l’autre est un peu stigmatisé au collège, montré du doigt. Et les notes sur 20 marquent peut-être plus encore cet aspect que des lettres ne le feraient. Les lettres permettent d’adoucir ce phénomène de stigmatisation. Autrement, s’il existe une bonne ambiance et s’il y a cette notion de respect mutuel dans l’établissement, le système d’évaluation n’a pas grande importance.

PE : Trois annotations seulement, est-ce suffisant pour retranscrire le niveau d’un élève ?
J-L.A. : Oui, on devrait, à la limite, tous se contenter de ce système, ça veut bien dire ce que ça veut dire ! Il correspond à une démarche pédagogique plus responsable : l’enfant a-t-il acquis ou non les connaissances demandées ?

PE : Ce système d’évaluation ne risque-t-il pas de désavantager les élèves les plus doués ?
J-L.A. : Celui qui est en tête de classe n’a pas forcément besoin d’être encouragé un peu plus encore, en général ces élèves sont « auto-motivés ». Si l’un d’eux se sent déstabilisé par ça, cela s’avère être une certaine forme de fragilité ; ce qui le pousse à travailler semble plus lié à un motif personnel qu’à une réelle envie d’apprendre. Ce nouveau système ne découragera pas les bons élèves, il permettra juste de repérer qui a besoin d’être soutenu. En revanche, un problème peut se poser quand vient le temps des examens (bac, brevet) encore affiliés au système de notation classique.

PE : Supprime-t-il vraiment l’idée de hiérarchie ?
J-L.A. : Pour ce qui est de la hiérarchie, il y en a une certes, mais elle paraît beaucoup moins discriminative, et plus pédagogique. Ce système restitue son rôle au professeur : vérifier l’acquis des connaissances, tout simplement. À travers la note, on évalue souvent un élève ; à travers une appréciation de lettres, on évalue une compétence, un savoir précis.

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