Et si nous arrêtions de malmener notre corps ? À chaque petite contrariété de la vie, nous faisons subir à notre corps une véritable souffrance sensée nous apaiser, mais qui ne nous apporte finalement qu’un soulagement passager, puis une certaine culpabilité. Jean-Christophe Seznec est psychiatre, médecin du sport et spécialiste en thérapie comportementale et cognitive. Dans son livre, J’arrête de lutter avec mon corps, il nous explique la cause de ce combat permanent contre notre corps, et donc contre nous-mêmes. Mais il nous propose aussi des solutions pour parvenir à déposer les armes.

PsychoEnfants : Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à écrire ce livre ?

Jean-Christophe Seznec : J’ai souhaité me lancer dans l’écriture de cet ouvrage déjà à titre personnel, pour garder une trace de ma pensée, mais aussi parce que j’aime comprendre et partager, notamment avec les patients, les sujets qui m’intéressent. J’ai voulu aborder ce thème de lutte contre notre corps car il est la suite logique de mon parcours professionnel, mais aussi parce que je me suis rendu compte qu’on ne savait pas comment gérer notre corps et que ce dernier était devenu objet de notre souffrance. Dans ce livre, je rends compte des choses le plus simplement possible, car j’ai vraiment pour objectif que tout le monde ait accès au savoir. Je l’ai donc voulu pratique, facile d’accès, mais pas simpliste.

PE. : Pourquoi maltraitons-nous notre corps ?

J-C. S. : Nous n’acceptons pas de ressentir des émotions donc nous trouvons de fausses bonnes solutions, qui ne sont efficaces qu’à court terme, pour tenter d’apaiser notre mal-être : on grignote, on se ronge les ongles, on fume, on boit… Ces tentatives d’apaisement sont souvent vaines car sources de culpabilité, et pourtant nous continuons de malmener notre corps au quotidien. Quand il s’agit d’un comportement isolé, ce n’est pas très grave mais quand cela se synchronise, cette maltraitance peut dégénérer en maladie invalidante, comme la trichotillomanie* qui touche 2% de la population féminine. Par ailleurs, on observe que de nombreuses tentatives d’apaisement passent par la bouche ce qui s’explique par un événement qui a eu lieu à notre naissance. En effet, lorsqu’on a quitté le ventre de notre maman et qu’on s’est retrouvé dehors, ce fut le premier événement majeur de notre vie et donc le premier moment de tension. Instinctivement, on a tété le sein de notre mère pour s’apaiser : à ce moment-là, on apprend déjà le comportement d’apaisement par la bouche.

PE : Quel est le processus que vous proposez dans ce livre pour arrêter de lutter contre soi-même ?

J-C. S. : La solution que je propose, c’est une thérapie par l’action que l’on appelle aussi une thérapie de troisième génération. Cette méthode repose sur un travail autour des émotions : il faut apprendre à les accepter ! Pour cela, nous apprenons à nous observer, à être indulgent avec nous-même afin d’aller vers ce qui est important pour nous. Cela permet d’avoir pleinement conscience de son action et d’assumer son comportement. Il faut considérer les émotions comme des vagues et cette thérapie permet d’apprendre à surfer sur cette houle au lieu de lutter contre elle et d’être submergé.

J’arrête de lutter avec mon corps, Jean-Christophe Seznec, Editions Puf, 18 €

* La trichotillomanie est un trouble qui consiste à s’arracher les cheveux ou les poils de manière compulsive.

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