L’amour et la sexualité sont des notions très importantes au moment de l’adolescence. Rien de nouveau jusqu’ici, mais ce qui l’est davantage, c’est la place que prennent les nouvelles technologies dans la découverte de la sexualité, non sans conséquence. C’est notamment ce qu’évoque Alain Héril, psychothérapeute et sexothérapeute, dans son ouvrage « Les ados, l’amour et le sexe », destiné principalement aux parents et éducateurs.

PsychoEnfants : La façon dont les adolescents abordent l’amour et la sexualité a t-elle changé ?
Alain Héril : Le rapport à l’amour n’a guère changé. L’amour et ce qui l’accompagne, la relation, le désir, la rencontre, est toujours au centre des préoccupations adolescentes et selon des modalités qui ne sont guère nouvelles. Les jeunes filles guettent toujours le Prince Charmant et les garçons recherchent encore la Princesse Inaccessible ! Par contre le rapport à la sexualité s’est modifié. Les adolescents sont dans la curiosité vis-à-vis de la sexualité. Ils veulent avoir des représentations de ce qui les attire et les effraie en même temps. Et à ce niveau, Internet a énormément modifié les choses puisqu’en un clic on peut trouver toutes les représentations imagées de ce qu’est un rapport sexuel ! Cela ne va pas sans entraîner des confusions car les images trouvées sont principalement pornographiques ! Et le lien entre sexualité et amour a du mal à se faire de manière simple et sereine !

PE. : L’influence de ce que vous appelez le « monde d’écrans » mais aussi des pratiques de groupe (nude party…) sur la sexualité des adolescents est-elle néfaste ?
A.H. : Les adolescents ont, de tous temps, eu un grand besoin d’appartenance. Appartenance à un groupe, à une confrérie, à des réseaux sociaux… Cela n’est pas nouveau et la fête y joue un rôle important. L’excès en fait partie. Ce que nous voyons à l’heure actuelle, c’est un comportement excessif qui ne se base plus sur le côté festif des rencontres mais sur la dimension de performance, de provocation et de rapidité. Cela peut donc avoir un effet « néfaste » sur la sexualité car, aussi bien dans le lien aux écrans que dans les pratiques groupales actuelles, le sentiment, la qualité du lien ou les émotions sont mis de côté, voire bannis.

PE. : Quels conseils peut-on donner aux parents dont les adolescents ont des comportements audacieux (nude party, pornographie…) ?
A.H. : Il est important que les parents restent vigilants et surtout qu’ils connaissent les sites où vont les adolescents, que ce soit les sites dits pornographiques, les sites communautaires ou les blogs, afin de savoir de quoi ils parlent. Ainsi, le discours parental sera étayé et non pas entaché de fantasmes, de projections et de mauvaises interprétations. Au-delà de cela, la place des parents est à l’endroit du cadre et de la loi. Le parent est là pour rappeler sans cesse ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire. Il pose des limites comportementales (qu’il doit s’appliquer aussi à lui-même !). Mais il est aussi une proposition constante de dialogue et d’écoute, et cela s’édifie bien avant l’adolescence. C’est dans les discussions, le lien de proximité mis en place très tôt, que se construisent confiance et facilité relationnelle, et pas seulement à l’adolescence. À partir du moment où les limites sont posées et le dialogue possible, les adolescents savent qu’ils peuvent parler et trouver en face d’eux des adultes responsables et soucieux de tenir leur rôle et leur fonction.

Les ados, l’amour et le sexe, Alain Héril, Editions Jouvence, 6,50€

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