Le cancer du sein concerne aujourd’hui 1 femme sur 8. Mais un dépistage précoce permet d’alléger les traitements et surtout d’augmenter les chances de guérison. Mais, même après le rétablissement, le cancer laisse des traces psychologiques. Après avoir évoqué la découverte de la maladie et la façon dont elle l’a combattue, Martine Castro nous explique en quoi le cancer du sein a changé sa vision de la vie.

PsychoEnfants : Quelle a été votre force pour surmonter la maladie et les traitements ?
Martine Castro : Aujourd’hui, on bénéficie de ce qu’on appelle les soins de support. Ces soins englobent la kinésithérapie, la diététique, l’activité physique, les soins esthétiques, c’est-à dire tout ce qui aide à ne pas avoir une tête de malade. Cela permet de ne pas se laisser aller et de rester féminine malgré tout. J’ai aussi suivi des cours de chi-gong qui ont vraiment eu un effet très positif sur moi. Mais avant toute chose, ce sont nos propres ressources qui nous aident à nous en sortir. J’ai tout mis en oeuvre pour ne pas me faire « emmerder » par les traitements. Je ne voulais pas rester couchée, être mise entre parenthèses. Il faut vivre même si c’est fatigant !

PE. : Votre cancer a-t-il changé le regard que vous portez sur la vie ? A-t-il changé vos priorités ?
M.C. : Cet épisode de ma vie m’a permis de réconcilier le corpus et l’anima : je suis sortie de la démarche cartésienne dans laquelle j’étais. J’ai relu Spinoza et j’ai compris que l’on ne pouvait pas séparer le corps de l’esprit. Avant, je pensais que le corps ne servait qu’à porter la tête et le cerveau. Mais, pendant que j’étais malade, j’ai appris à m’occuper de moi et je continue à le faire ! Mais je suis aussi plus cool, plus tolérante face aux petits désagréments de la vie. Aujourd’hui, quand je vois des gens râler dans le métro, je trouve cela futile et ça me fait rire. J’ai toujours des indignations bien sûr, mais mon regard a changé vis-à-vis de certains comportements. Enfin, je prends davantage le temps d’aller au fond des choses parce que c’est ainsi qu’elles sont les mieux faites.

PE. : Avez-vous eu peur de perdre votre féminité ?
M.C. : Lorsque j’ai rencontré un premier chirurgien et qu’il m’a expliqué comment l’opération allait se dérouler, la première chose que j’ai demandé, c’est : « A quel moment me reconstruit-on ? ». Je n’avais pas préparé la question avant ; elle est venue inconsciemment ! Je crois que, même si je n’en avais pas eu conscience jusque-là, je ne voulais pas que ma féminité en prenne pour son grade. Quand on m’a dit qu’on allait me reconstruire tout de suite, c’était un soulagement car, dans ma tête, je me voyais déjà asymétrique.

PE. : Si la réparation physique est terminée, en est-il de même psychologiquement ?
M.C. : Je ne pense pas à ce que j’ai vécu tous les matins en me lavant les dents. C’est sûr, il y a toujours des restes. Tous les jours, je vois les cicatrices que ça a laissées sur mon corps, mais ça ne me prend pas la tête. Par contre, j’ai conscience et je n’oublie pas que si j’étais allée me faire dépister plus tôt, j’aurais eu des traitements moins lourds. Si je n’avais pas fermé les yeux, j’aurais aussi coûté moins cher, à moi comme à la collectivité. Je me sens redevable !

PE. : Vos occupations ont-elles changé ? Y a-t-il des choses que vous n’avez plus le droit de faire ?
M.C. : Il y a deux sports, le tennis et le golf, que j’aimais pratiquer mais comme j’ai été opérée du sein droit, on m’a enlevé les ganglions lymphatiques qui étaient situés dans le creux de l’aisselle, ce qui rend mon bras droit plus fragile. Etant donné que je suis droitière, pratiquer ces sports serait vraiment la dernière chose à faire. Par contre, je continue de pratiquer le chi-gong que j’ai découvert pendant la maladie, mais aussi le tai-chi et la natation. Je continue aussi de travailler même si je suis en âge de partir à la retraite. Et je fais partie de l’association Europa Donna* pour sensibiliser les femmes au dépistage, pour leur dire : « N’oubliez jamais de vous faire dépister ! ».

PE. : Justement, avez-vous un message à faire passer ?
M.C. : N’ayez pas peur ! Il y a certaines personnes qui jouent sur la peur et qui dissuadent les femmes d’aller passer des mammographies. Je n’ai pas fait de mammo pendant plusieurs années et j’ai été dans un état grave. Je suis entrée dans un cycle lourd pour moi, pour la société, alors que si j’avais fait le dépistage plus tôt, j’aurais pu en éviter une partie. Les femmes qui ne se font pas dépister et qui arrivent avec des métastases au foie, il leur reste un an à vivre ! Alors n’écoutez pas les gens qui vous disent que ça fait mal. C’est désagréable 30 secondes tous les deux ans ! Qu’est ce que 30 secondes comparé au soulagement de savoir que l’on a rien ? On ne va pas faire une mammographie pour se faire dépister mais pour se rassurer, pour se faire un cadeau à soi et à ses proches. Alors, n’ayez pas peur et ne ratez pas vos mammographies !

PE. : Avez-vous un conseil pour les femmes qui se battent contre le cancer du sein ?
M.C. : Ayez confiance en l’équipe médicale mais n’oubliez pas que les médecins ont besoin du patient. Alors ayez confiance en vous car c’est en vous qu’il y a les ressources ! Et faites attention aux sectes. Il y en a beaucoup qui tournent autour des personnes qui ont le cancer. Passez votre chemin car ce n’est pas avec du jus de citron que l’on guérit de cette maladie mais seulement avec des soins médicaux.

*Association Europa Donna Forum France, branche française de l’association Europa Donna, la coalition européenne contre le cancer du sein. Plus d’informations sur le site : http://www.europadonna.fr.

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