De nombreux clichés persistent autour des enfants uniques, qu’on dit souvent égoïstes, narcissiques ou trop vite matures. Dans le livre Enfants uniques entre isolement et solitude, Anne-Marie Merle-Béral, psychiatre, et Rémy Puyuelo, pédopsychiatre, tentent de démêler le vrai du faux. Les auteurs établissent notamment un portrait de l’enfant unique en s’inspirant de la littérature, de la mythologie, mais aussi de leur propre vécu et de celui de leurs patients.

PsychoEnfants : Pourquoi et pour qui avez-vous écrit cet ouvrage ?
Anne-Marie Merle-Béral : Rémy Puyuelo et moi travaillons ensemble depuis longtemps et, par ailleurs, nous sommes tous deux enfants uniques. Nous étions donc intéressés par ce sujet, d’autant plus que les enfants uniques n’ont jamais fait l’objet d’un travail psychanalytique. Avec ce livre, nous souhaitons toucher un public assez large. D’ailleurs, beaucoup de passages du livre sont assez faciles à lire car nous évoquons des histoires de vie à travers des récits d’enfants uniques inspirés de notre propre vécu ou de celui des patients que nous avons eu. Mais il y a aussi des passages plus complexes, notamment ceux qui font référence à la mythologie et ceux où nous avons tenté d’élaborer un portrait de l’enfant unique. Ce livre peut donc intéresser les enfants uniques, les parents de ces enfants, mais aussi tous ceux qui ont un intérêt pour la psychologie des enfants et de la famille.

PsychoEnfants : On dit souvent que les enfants uniques ont tendance à être plus égoïstes et que les parents les placent souvent sur un piédestal. Est-ce vrai selon vous ?
Anne-Marie Merle-Béral : On a essayé de nuancer cette vision standard de l’enfant unique qui nous semble fausse. Il est important de comprendre que l’évolution psychologique de cet enfant est fondée sur un manque. La particularité de cette évolution implique que l’enfant unique est davantage encouragé à se tourner vers les autres, beaucoup plus que ce que l’on peut penser. Il n’est pas égoïste mais au contraire, voué à être altruiste. C’est en tout cas le constat que l’on peut faire par rapport aux cas que nous avons étudiés. Par contre, nous pensons qu’un enfant unique est souvent un enfant précieux pour ses parents, étant donné qu’il est le seul. Il existe deux sortes de parents d’enfants uniques : ceux qui ne veulent pas avoir d’autres enfants, et ceux qui ne le peuvent pas et qui le regrettent. Il y a, bien sûr, de nombreuses différences entre ces deux types de parents, mais nous avons voulu leur trouver un point commun. Pour nous, l’invariant est le suivant : à un moment donné de la vie psychique, les parents savent qu’ils n’auront pas d’autres enfants. Cette notion arrive au bout d’un certain temps car, même pour les parents qui ne veulent pas d’autres enfants, il peut toujours y avoir un « accident ». Lorsqu’ils prennent conscience, particulièrement la mère, qu’ils n’auront pas d’autres enfants, ils deviennent alors parents d’un enfant unique, différents des parents d’une fratrie. C’est à ce moment-là qu’ils développent des attitudes parentales spécifiques comme l’hyper protection ou l’ambition excessive pour leur enfant.

Psychoenfants : Quelle différence y a-t-il entre le fait de grandir seul ou de grandir avec des frères et sœurs ?
Anne-Marie Merle-Béral : Les enfants uniques ont une difficulté particulière à affronter, mais qui n’est pas supérieure ou inférieure aux difficultés que rencontrent les enfants avec un frère ou une sœur. Ce qui est difficile pour un enfant unique, c’est le fait d’être seul en face de ses parents, de former un trio avec eux, sans un pair à égalité avec soi. Chaque enfant se construit son propre roman familial dans sa tête. En revanche, ce qui différencie un enfant unique d’un enfant qui a une fratrie, c’est que le premier est seul à construire son histoire. Lorsqu’on est une fratrie, on peut critiquer ses parents, construire une communauté face à eux, découvrir que son frère ou sa sœur n’a pas la même version de l’histoire. L’enfant unique n’a pas ces possibilités. Il ne peut pas confronter son roman familial à un autre point de vue. Il est seul avec lui-même !

Enfants uniques entre isolement et solitude, Anne-Marie Merle-Béral & Rémy Puyuelo, Editions Erès, 15€

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