Jean Epstein est psychosociologue. Dans « Le jeu enjeu » (réédité aux Editions Dunod), il s’efforce de proposer aux professionnels de la petite enfance, mais également aux parents, une synthèse de connaissances en matière de développement des jeunes enfants, une réflexion sur le rôle des adultes face à cela mais aussi des idées concrètes pour répondre aux besoins de chaque bambin. Lire la suite

PsychoEnfants : Pourquoi avez-vous écrit ce livre et pour qui ?

Jean Epstein : Depuis 1974, je travaille en permanence dans le champ qu’on appelle « recherche action ». C’est-à-dire sur le terrain auprès des enfants, des écoles, des crèches, sur un thème unique qui est la construction des repères. À la suite d’une étude européenne que j’ai effectuée sur le thème : « Facteurs favorisant la violence chez les jeunes », nous avions rencontré 1500 adolescents auteurs de violences. Notre travail a été d’en cerner les causes. Tous ces jeunes nous ramenaient vers des apprentissages de la petite enfance qui n’avaient pas été faits dans de bonnes conditions. Beaucoup d’entre eux étaient violents car ils ne savaient pas quoi faire et ils ne savaient pas gérer leur temps libre. Cette étude qui, à priori, n’avait rien à voir avec la petite enfance m’a ramené vers celle-ci en montrant donc l’importance du temps libre. Il est nécessaire de laisser l’enfant s’ennuyer en le laissant trouver par lui-même des moyens de s’en sortir. Et à la lumière de cela, j’ai trop souvent pu constater (grâce aux crèches par exemple) que les enfants étaient bourrés d’activités pour faire plaisir aux parents. Cela m’a confirmé que le jeu est moteur du développement d’un enfant. C’est donc un livre prioritairement à destination des professionnels de la petite enfance, dans le sens large du terme, mais il est aussi volontairement destiné aux parents. Mon objectif serait que des professionnels de la petite enfance le fasse lire à des parents car cela leur permettrait de mieux orienter leur projet éducatif commun et d’avoir un regard plus précis sur la collectivité où se trouve leur enfant.

P.E : À travers ce livre, vous accordez une place importante au jeu dans le développement de l’enfant…

J.E : Un enfant joue sa vie avec des jouets. Il joue ses joies, ses peurs, ses peines, ses pleurs, ses provocations. Il joue sa place par rapport aux autres. Mais le livre est articulé autour des vrais apprentissages, pas seulement ceux que l’on apprend à l’école. Il faut valoriser l’idée du jeu tout en annihilant les idées reçues sur la précocité, la surstimulation, ou par exemple le fait d’empêcher les enfants de faire la sieste pour qu’ils se couchent plus tôt le soir. Ce livre est très particulier car il apporte une synthèse de connaissances sur le développement des petits à travers le jeu, des réflexions sur le rôle de l’adulte face à celui-ci. J’ai donc essayé d’apporter le pourquoi et le comment. En effet, je me suis toujours servi du jeu pour montrer les compétences de l’enfant. Le but était de prouver qu’avec des jeux simples on pouvait les favoriser. Dans ce bouquin, je mets en avant l’individu, le respect de l’enfant avec ses capacités, il ne faut pas seulement regarder ce qui ne va pas. En donnant confiance en lui à l’enfant, il pourra jouer avec d’autres, enrichir le lien social, car on voit de plus en plus d’enfants enfermés dans leur petit monde avec les nouvelles technologies mais également avec la notion de performance, de plus en plus récurrente.

P.E : Quels sont les principaux conseils que vous donneriez aux parents concernant le jeu ?

J.E : La notion de plaisir est vraiment très importante. Aujourd’hui, c’est la notion de performance qui se distingue. Les parents se focalisent sur le fait que leur enfant doit réussir à tout prix. Pourtant cette notion de plaisir est tellement essentielle qu’il ne faut pas l’oublier. De plus, je pose l’architecture du livre selon quatre axes : faire jouer, donner à, laisser jouer et jouer avec. Il est important que l’adulte enseigne des règles à l’enfant, lui apprenne aussi à perdre. C’est également lui qui doit lui donner le matériel nécessaire pour qu’il ait accès à tout un tas de choses qui lui permettront de développer son imaginaire et sa créativité. Mais l’adulte doit également respecter le fameux temps libre de l’enfant. Ce n’est pas pour autant qu’il ne doit pas s’investir dans le jeu avec les petits. Car si la notion de plaisir est importante chez les enfants, elle l’est tout autant pour les parents. En prenant du plaisir, ils en procureront forcément aux plus petits qui le ressentiront.

Le jeu enjeu, Jean Epstein, Editions Dunod.

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