Une équipe médicale suédoise s’apprête à réaliser la première greffe d’utérus entre une mère et sa fille. Une femme de 56 ans a accepté de donner son utérus à sa fille qui souffre du syndrome de Mayer-Rokitansky-Küster-Hauser (MRKH), une maladie rare qui empêche le système reproductif de se développer. À l’annonce de cette opération, la psychologue Laure Camborieux répond à nos interrogations.

Laure Camborieux est psychologue, présidente et fondatrice de l’association MAIA* qui soutient les couples infertiles.

Quelle est votre réaction face à cette annonce ?

C’est évidemment un espoir important pour toutes les jeunes femmes concernées par des problèmes graves d’infertilité. Cela fait plusieurs années que l’on entend parler de cette greffe mais il n’y avait jamais eu rien de concret. C’est une greffe qui a amené beaucoup de questionnements sur sa faisabilité technique et sa capacité à engendrer une grossesse ; mais aussi sur le fait de devoir suivre un traitement anti-rejet pendant la grossesse ou pas. Nous n’avons aucune visibilité car c’est la première fois que cette situation se produit sur des êtres humains de même sang, et les résultats sur les animaux n’ont pas toujours été probants.

D’un point de vue éthique, que vous inspire cette greffe ?

Je ne suis pas sure que la question éthique se pose dans cette situation. Ce qui peut être plus dérangeant, c’est le fait de prélever un organe sur une donneuse saine et vivante. Le don d’organe se fait normalement après la mort du donneur. Il y a aussi la question de la disponibilité des greffons. Le don d’organe ne marche pas bien en France.

Est-ce qu’on «bricole» trop le corps de la femme. Faut-il poser des limites ?

Oui bien sûr, il faut poser des limites. Mais est-ce du bricolage ? Si c’est autorisé, cela rentrera dans le cadre de la greffe d’organe. C’est une solution alternative à la GPA (grossesse pour autrui) qui est intéressante. On pose la question de l’atteinte au corps, car il s’agit d’un corps de femme. On ne pose pas cette question pour le don de reins par exemple. Avant l’autorisation de la greffe de coeur, les débats étaient houleux, et aujourd’hui heureusement que cette greffe existe !

Est-il nécessaire de prendre un tel risque (cette greffe est plus délicate qu’une greffe du coeur) quand d’autres moyens d’être parents existent comme l’adoption ?

Rien n’est nécessaire dans la vie. Cela serait vrai si l’adoption marchait. Or, aujourd’hui il y a plus de 30 000 demandes d’adoptions par an pour seulement 3000 qui se concrétisent. L’adoption ne peut pas être la réponse absolue. Cela dépend beaucoup des couples, de leurs valeurs, de leur histoire. Nous travaillons à la fois avec l’adoption et la FIV (fécondation in vitro). Certains couples ne jurent que par l’adoption alors que d’autres ont besoin d’autre chose. Dans tous les cas, il faut les aider à comprendre leur choix, il faut les accompagner.

Est-ce que la mère devient forcément procréatrice par ce procédé ? Qu’est-ce que cela apporte de plus qu’une adoption ?

Le fait de devoir renoncer à la grossesse est vécu comme une réelle atteinte à la féminité pour la plupart des femmes. C’est beaucoup de souffrances. Cette greffe d’utérus permet aux femmes de ne pas regretter la grossesse. En France, les discussions sont souvent sans fin, sur le consentement, l’accompagnement, alors que beaucoup de couples concernés sont déjà prêts à ce genre de procédé. Encore une fois, c’est une alternative à la GPA. Même s’il faut être prudent, et laisser la recherche se développer encore, c’est une belle avancée. Je pense que quasiment toutes les mères de filles infertiles y ont pensé. Si demain c’est autorisé en France, je suis persuadée que de nombreuses femmes seraient prêtes à cela.

* Association Maia : http://www.maia-asso.org/

Publicités