La violence scolaire fait de nouveau parler d’elle. De jeunes élèves de l’école Val de Bootz à Laval, en Mayenne, ont subi des agressions de la part de leurs camarades de CM2. Une enquête a été ouverte.

Lundi 11 avril, une enquête a été ouverte à Laval, en Mayenne, où des violences ont été rapportées dans une école élémentaire. Depuis quelques jours, une vingtaine d’élèves de l’école de Val de Bootz sont entendus par la police pour déterminer ce qui s’est réellement passé. Il semblerait que certains enfants de CM2 aient entraîné des élèves de grande section de maternelle et de CP à faire des actes scatologiques humiliants dans les toilettes de l’établissement scolaire.

Des sanctions ?

Raphaël Sanesi, procureur de la République, a affirmé que les termes employés par les enfants interrogés « retracent un comportement d’enfant qui, en ma qualité de procureur de la République, et dans le contexte même dans lequel ces termes sont employés ne sont pas pour l’instant alarmants. Je n’ai pas aujourd’hui la conviction que l’on puisse parler d’agressions sexuelles graves avérées dans ce dossier ».
Une cellule psychologique a été mise en place dans l’école. Le recteur de l’académie de Nantes attend les résultats de l’enquête judiciaire pour savoir ce qui s’est vraiment passé et éventuellement ouvrir une enquête administrative. Des sanctions éducatives pourraient être envisagées pour les auteurs des faits.

Questions à Nicole Catheline, pédopsychiatre et auteur de Harcèlements à l’école (Albin Michel):

PsychoEnfants : Est-ce que ce fait divers vous surprend ?
Nicole Catheline : Pas vraiment. Autrefois, c’était peut-être moins médiatisé, mais dans toutes les écoles il y a des agressions, des enfants qui regardent sous les portes des toilettes… Ce sont des lieux moins surveillés du fait qu’ils préservent l’intimité des élèves. Ce n’est donc pas nouveau, mais on perçoit mieux, de nos jours, les conséquences sur les enfants qui en sont victimes et qui sont atteints dans leur estime. Or nous sommes dans une société où l’on se réalise grâce à la performance et aux valeurs. Ces violences peuvent les fragiliser dans l’avenir. C’est pourquoi cet impact doit être pris en compte.

PsychoEnfants : Qu’est-ce qui a pu pousser des CM2 à agir ainsi ?
Nicole Catheline : Pour moi, c’est avant tout une question de pulsion. Vers 10 ans, on commence à être titillé par la sexualité. La moitié des enfants de CM2 ont déjà vu des films pornographiques. Les agresseurs et les victimes ont les mêmes fragilités psychologiques. Ils n’ont pas intégré la bonne distance à l’autre, la position par rapport à la demande de quelqu’un. Il ne faudrait pas en venir à dire qu’ils sont de vrais petits sauvageons. Ce serait prendre le problème de la mauvaise manière, car il s‘agit avant tout d’un problème de surveillance des adultes. Ces enfants doivent être vus parce qu’ils ne savent pas quoi faire de leurs pulsions.

PsychoEnfants : Quelles sont les « clés nécessaires pour savoir écouter des enfants tout en prenant de la distance », comme le suggère le recteur de l’académie, M. Chaix ?
Nicole Catheline : Entre 7 et 11 ans, les parents pensent que leurs enfants sont assez matures, mais ils ne s’inquiètent pas de ce qu’ils font. Souvent leur seul intérêt ce sont les notes. Il faut réussir à parler d’autre chose, de ce qu’ils ont vu ou entendu, les écouter, leur demander ce qu’ils ressentent, ce qu’ils pensent. Quand un enfant dit qu’il s’est battu, on demande pourquoi mais rarement ce qu’il a ressenti. Or c’est ce qui permet de les rendre sociaux, de savoir ce que l’autre ressent, d’être dans l’empathie.

PsychoEnfants : Quelles conséquences psychologiques ces agressions peuvent-elles avoir sur les jeunes enfants ?
Nicole Catheline : Ils ne seront sûrement pas bien pendant quelque temps, feront des cauchemars… Mais comme ils sont petits, ils auront sûrement moins de séquelles car ils sont protégés par leur immaturité physique. Souvent les victimes d’agressions regrettent de ne pas avoir pu ou su se défendre, en ont honte, mais là tout le monde leur dira qu’ils étaient trop petits pour le faire contre des grands de CM2, ils seront protégés.

PsychoEnfants : Et pour les agresseurs ?
Nicole Catheline : Le problème pour ces enfants, c’est qu’un fait qui s’est passé dans le privé devient public et qu’ils ne s’y attendaient certainement pas. Il ne faudrait pas qu’on leur colle une image de dangereux délinquants. Il faut les aider.

PsychoEnfants : Le recteur de l’académie n’exclut pas de prendre des sanctions éducatives. Quelle pourrait être la meilleure des solutions pour que ces enfants comprennent que ce qu’ils ont fait est mal ?
Nicole Catheline : La sanction éducative est nécessaire. Elle fait prendre conscience aux enfants de la dissymétrie de la relation. Il faut prendre une journée et leur demander « comment auriez-vous réagi si on vous avait fait ça ? » et à la fin de la journée il faut les interroger sur des propositions pour que cela cesse dans l’école.

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