Une récente étude réalisée par l’Union des Familles en Europe s’est penchée sur le devenir des enfants de parents divorcés. Près de 90% d’entre eux ont vu leur personnalité se modifier suite à cette séparation.

88% des personnes sondées dont les parents ont divorcé pensent que cela a eu des retentissements sur leur personnalité. C’est l’un des constats de l’enquête menée par l’Union des Familles en Europe*. Après la séparation, plus de la moitié de ces enfants confie avoir gardé un sentiment d’abandon. 59 % affirment s’être longtemps sentis isolés et 63% avoir souffert d’une carence affective. D’après cette étude, généralement, ces enfants manquent de confiance en eux, dans les autres, et culpabilisent parfois.

Des répercussions professionnelles

Le divorce a également eu des répercussions sur leur vie scolaire et professionnelle. Beaucoup confient avoir connu des problèmes à se concentrer et avoir eu de mauvaises conditions matérielles pour poursuivre leurs études. 56% ont d’ailleurs dû les écourter, à regret.
De même, 41 % des personnes interrogées ont intégré dès que possible la vie professionnelle pour quitter le foyer.
Dans 40 % des cas, l’enfant n’a plus eu de contacts réguliers avec le parent qui n’en avait pas la garde, souvent le père. Mais dans 90% des situations, les retrouvailles ont eu lieu plus tard.

* Enquête réalisée sur Internet auprès de 1100 personnes âgées de 18 à plus de 56 ans, ayant toutes vécu le divorce de leurs parents.

5 Questions à Yolande Ganac-Mayanobe, psychologue clinicienne. Elle est la co-auteur de Divorce, les enfants parlent aux parents, Chez Anne Carrière.


PsychoEnfants : Que vous inspirent les résultats de cette enquête ?

Yolande Ganac-Mayanobe : Ils confirment ce que nous avions remarqué il y a trois ans lors de l’enquête que nous avions menée avec ma fille.* On aurait pu penser qu’avec le nombre de divorces qui augmente il y avait une certaine banalisation. Mais non, cette enquête confirme que les enfants continuent d’en souffrir. Bien sûr, il ne s’agit pas de diaboliser le divorce mais il ne faut pas nier les répercussions qu’il peut avoir. Ce n’est jamais anodin.

PsychoEnfants : Qu’est-ce qui fait que c’est si difficile à vivre pour les enfants ?

Yolande Ganac-Mayanobe : Les enfants ne sont pas entendus dans leur souffrance. Il devrait y avoir obligatoirement dans les tribunaux un psychologue pour dire ce qui se passe aux enfants avec d’autres mots. Cela les aiderait à déculpabiliser, à les alléger de ce poids. Pour les enfants, les parents sont parfaits, surtout jusqu’à 11-12 ans. Ils pensent alors que si ça ne va pas c’est de leur faute à eux, parce qu’ils faisaient trop de bêtises par exemple. Ils ont peur aussi que comme leurs parents ne s’aiment plus, ils ne les aiment plus un jour non plus. Il suffirait parfois d’une ou deux consultations pour que ça aille bien.

PsychoEnfants : Y a-t-il des âges où les ruptures parentales sont encore plus difficiles à endurer ?

Yolande Ganac-Mayanobe : Il n’y a pas d’âge idéal. Les enfants souffrent toujours même s’ils ont 30 ans car nous avons tous en nous le mythe de la famille idéale. Lorsque l’on interroge les Français sur leur quête d’idéal la plupart cite la famille en premier. Les adolescents aussi sont dans une quête d’idéal. Ils sont excessifs dans leurs sentiments, dans leur manière de voir les choses. Ils se disent que leurs parents leur donnent des leçons alors qu’ils ne sont même pas capables de vivre en harmonie ensemble. Ils leur en veulent de briser leur vie. Ils veulent croire en l’amour absolu, c’est l’âge du premier amour qui les laissent souvent dépités. Ils sont très déçus et peuvent ne plus rien faire à l’école, tout laisser tomber. La rupture d’un couple est une rupture pour chaque membre de la famille.

PsychoEnfants : Quelle attitude, quels mots employer pour que la situation soit la moins pénible pour les enfants ?

Yolande Ganac-Mayanobe : Il faut leur répéter qu’ils ne sont pour rien dans ce qui arrive, que leurs parents resteront toujours leurs parents. Même s’il est vrai qu’un enfant sur quatre ne verra plus l’un de ses parents. Il faut à cet égard responsabiliser les parents. Ils ne doivent pas oublier qu’ils ont des enfants. Ils ne se rendent pas toujours compte de ce qu’ils disent « si c’est comme ça tu ne reverras pas ton enfant. Je l’emmène à l’autre bout du monde ». Certains disent qu’ils resteront dans la même ville que leur ex-conjoint pour que les enfants puissent le voir, mais ils ne le font pas. Il faut arrêter d’être dans le politiquement correct. Les personnes qui disent « nous n’avons pas réussi notre couple, mais notre divorce oui », c’est horrible pour leur enfant qui n’a alors pas le droit de se plaindre, de se faire entendre. Il doit entrer dans ce moule du bonheur apparent puisque ses parents semblent s’en satisfaire.

PsychoEnfants : Quelle attitude bannir ?
Yolande Ganac-Mayanobe : La pire des choses serait de dire « nous sommes restés ensemble pour toi », car l’enfant se dit alors que c’est à cause de lui que ses parents ont été malheureux. Je ne dis pas qu’il ne faut pas divorcer. C’est une liberté qui nous est offerte. Mais parfois il faut se laisser plus de temps pour y réfléchir et ne pas avoir de regrets.

* Enquête dont les résultats ont été publiés dans le livre Divorce, les enfants parlent aux parents

Publicités