Des chercheurs de l’Inserm* viennent de dresser pour la première fois le profil type des mères qui commettent des homicides sur leur nouveau-né. Des cas qui semblent plus fréquents que ne le laissent entendre les statistiques officielles. Résumé.

Anne Tursz et Jon M. Cook, chercheurs à l’Inserm*, viennent de publier une étude sur les mères qui réalisent des néonaticides, des meurtres sur leur nouveau-né âgé de moins de 24 heures.
La première chose qui se dégage de leur enquête, c’est la sous-estimation de ces cas. Les chercheurs ont recueilli les données judiciaires de 26 tribunaux de trois régions françaises faisant état de décès de nouveau-nés entre 1996 et 2006 et les ont recoupées avec les statistiques officielles de mortalité. D’après leur recherche, il y aurait 2,1 néonaticides pour 100 000 naissances contre 0,39 d’après les chiffres officiels, soit cinq fois plus.
Les chercheurs ont également dressé des caractéristiques récurrentes chez ces mères infanticides, notamment à partir des expertises psychiatriques et médico-psychologiques préalablement réalisées mais aussi de l’étude de leur catégorie professionnelle comparée à celle de la population générale de la même région et de leur âge.

Des femmes conscientes de leur acte

Ces femmes ont en moyenne 26 ans, une sur deux au moins vivait avec le père de l’enfant avant de passer à l’acte. Une femme sur trois avait au moins trois enfants, les deux tiers travaillaient. Leur catégorie socioprofesionnelle était semblable à celle des autres femmes. En revanche, ce sont des femmes qui avaient peu confiance en elles, souffraient de carences affectives, avaient une immaturité et étaient dépendantes, effrayées par l’abandon. Aucune maladie mentale n’a été diagnostiquée. Elles n’utilisaient pas de moyens contraceptifs et ont caché leur grossesse à leur entourage. La plupart ont accouché seule et aucun cas de déni de grossesse n’a été diagnostiqué.
Anne Tursz déclare qu’«identifier le profil de ces mères permettra de mieux cibler à l’avenir les femmes vulnérables afin de leur proposer des solutions adaptées. Les données recueillies suggèrent que l’action préventive exclusivement tournée vers les jeunes, les pauvres, les femmes seules, sans emploi ou avec un déni de grossesse, comme on le voit dans les médias, n’est pas appropriée ».

    Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale

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