Le  nouveau projet de loi sur la bioéthique présenté par Roselyne Bachelot au Conseil des Ministres a été validé. Elle prévoit notamment de lever l’anonymat des donneurs de sperme. Victoire pour les uns, dérive pour les autres, la mesure divise.

Si le projet de loi sur la bioéthique est adopté par le Parlement, les enfants nés après une insémination artificielle avec sperme de donneur (IAD) seront en droit de demander des renseignements personnels sur leur géniteur. L’âge, l’état de santé, les caractéristiques physiques, voire la situation familiale et la catégorie socio-professionnelle pourront leur être communiqués. Si le donneur y consent, l’enfant pourra même connaître son identité. Si cette loi réjouit les associations d’enfants nés après une IAD, pour qui la quête d’identité est une légitimité, les professionnels de santé, eux, s’interrogent. En effet, il faut savoir que 85% des donneurs de spermes sont pour l’anonymat tandis que moins de 20 % des parents ne révèlent à leurs enfants le secret de leur conception.

Quid de l’étranger ?

Ainsi, pour évaluer les changements que cette mesure pourraient entraîner, direction la Suède, premier pays à avoir autorisé la levée de l’anonymat. En 20 ans, pas un enfant n’aurait demandé à connaître l’identité de son donneur, les parents n’avouant plus à leur enfant qu’il est le fruit d’un don. Autre conséquence, les mères se font désormais inséminer dans des pays voisins qui pratiquent encore l’anonymat. En Angleterre, même constat : moins de 10 % des enfants entament une procédure et sur ces 10%, moins d’un dixième vont jusqu’au bout.

 

Questions à :

Patrick Ange Raoult, psychologue clinicien, psychomotricien et auteur de « Guérir de ses blessures adolescentes » aux Editions Eyrolles.

Du point de vue des enfants… Pensez-vous que pour se construire, il est nécessaire de connaître l’identité de son géniteur ?

P.A.R. : Il faut savoir qu’un grand nombre d’enfants né d’une IAD souffrent beaucoup de ne pas connaître l’identité de leur géniteur. Toutefois, je suis réservé. D’un côté, cette mesure viendrait calmer les angoisses liées à la quête de leurs origines. Mais d’un autre, savoir ne répondrait probablement pas aux questions que l’enfant se pose sur sa place dans la famille et sur ce qui a fait défaillance dans ses origines pour qu’il en arrive à un mal-être. Le problème de l’identité est plus profond. Ensuite, cela dépend de la logique dans laquelle la France se place : est-on dans une logique de victime, de droit de tout savoir quitte à ne pas respecter la volonté d’anonymat des donneurs ?

Du point de vue des donneurs…

Cette mesure va à l’encontre de la protection du droit à l’anonymat que les donneurs approuvent en grande majorité. Il faut les protéger car lever le voile sur leur identité pourrait venir désorganiser leur vie. Sans compter, qu’on ne connait pas les raisons qui motivent un homme à faire don de sa semence. Le donneur pourrait soudainement se sentir investit d’un lien de filiation qui viendrait tout perturber. D’ailleurs toute la question est là : être parent est-ce simplement génétique ou est-ce celui qui guide l’enfant dans sa vie ?

Du point de vue des parents…

Du coté des parents, j’ai peur que cette mesure ne donne lieu à des dérives comme c’est le cas dans d’autres pays, notamment aux Etats-Unis, où les parents choisissent leur donneur par critères, comme sur un catalogue. On peut également craindre qu’une fois l’identité du donneur révélée, cela ne donne lieu à de nombreuses désillusions tant pour les parents, qui auraient peut-être préféré de meilleurs gênes, comme pour les enfants, qui ont tendance à idéaliser leurs géniteurs.

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