Récemment, une jeune mère a jeté son bébé de 15 jours par la fenêtre de son appartement situé au 8ème étage. Un fait divers tragique qui interroge les consciences. Comment une mère peut en arriver à de telles extrémités ?

Jeudi 26 août, une jeune mère de 34 ans défrayait la chronique en jetant par la fenêtre de son appartement, situé au 8ème étage, sa petite fille âgée de 15 jours. Elle n’aurait plus supporté les pleurs de son bébé… Son conjoint, médecin, était au travail au moment des faits.
La mère après avoir été hospitalisée, a été entendue par les autorités.
Le parquet de Toulouse a obtenu sa mise en examen pour homicide volontaire sur mineur de moins de 15 ans.

Surmenage, isolement, difficulté à investir sa maternité ?
Corinne Antoine et Marc Ferrero, psychologues cliniciens, reviennent sur les causes qui peuvent pousser certaines mères à l’infanticide.

PsychoEnfants : Quelles hypothèses peut-on avancer pour expliquer ce type de passage à l’acte ?
Marc Ferrero : Tout d’abord, il faut rappeler que l’infanticide est devenu rarissime dans notre société. À Sparte et à Rome, dans l’Antiquité, 50 % des nourrissons étaient tués à la naissance.
Parmi les principales raisons de ces passages à l’acte meurtrier, je dirai qu’il y a souvent un isolement affectif, amical, social et une incapacité à exprimer ses sentiments. Ces mères peuvent ne pas avoir d’échange avec leur compagnon, ne pas évoquer leur grossesse. Or, bien souvent, moins elles s’expriment et plus elles agissent. Beaucoup ont également un désir de grossesse mais pas de désir d’enfant.
Ces femmes ont pu être entourées pendant leur grossesse mais, par la suite, se sentir démunies, seules et débordées par l’attention réclamée par le bébé. C’est en tout cas davantage une histoire personnelle que des raisons sociales qui sont impliquées ici.

Parfois cela peut découler aussi d’une pathologie, d’une psychose sous-jacente qui s’est révélée avec l’accouchement ou la maternité. Il y a alors une décompensation, un écroulement des défenses psychologiques et sociales que la personne avait mis en place.

Corinne Antoine : Souvent, ce sont des causes multiples qui se mêlent et finissent par provoquer cet effondrement : accouchement difficile, fatigue, manque de soutien, pleurs incessants du bébé… Tout ceci n’est pas évident à supporter. Quand des parents craquent, ils peuvetn avoir différents comportements déviants plus ou moins forts en conséquence, ils ne supportent plus leur enfant et peuvent secouer par exemple leur petit, comme on peut le voir dans les hôpitaux avec le syndrome du bébé secoué.
On peut éprouver une haine brutale, de la colère, du rejet face à l’enfant et à ce qu’il demande… mais de là à jeter son bébé par la fenêtre… Dans ce cas précisément, le diagnostic psychiatrique est primordial et permet de mieux comprendre ce qui peut générer ce passage à l’acte.

PE. : Cela peut-il être le signe d’une dépression post-partum ?
C. A. : La dépression post-partum s’installe au bout de plus de temps, entre deux à huit semaines et parfois encore plus tard, or cette mère venait d’accoucher. Le baby blues, lui, connaît un pic au bout du troisième jour après l’accouchement quand les hormones chutent et que l’on réalise que le bébé n’est plus en soi. La mère est alors bouleversée face à son ventre vide entre autre, et c’est une sensation qui reste commune et normale. En général, c’est passé quand on rentre chez soi.
Mais il peut s’agir également d’une dépression qui a commencé pendant la grossesse et qui perdure et s’accentue une fois que le bébé est là : manque de confiance dans ses compétences parentales, peur de mal faire, fatigue, refus de s’occuper de l’enfant…

PE. : Quels sont les bouleversements que peut engendrer une grossesse ou un accouchement ?
C. A. : C’est une période où il y a un tas de bouleversements, où tout est plus explosif, où une femme anxieuse peut être encore plus stressée. Pendant la grossesse, ion peut rencontrer un état que l’on appelle « folies passagères » où la femme développe des sumptômes plus ou moins importants telle la psychose puerpérale qui donne lieu à des troubles dissociatifs où la femme se demande si c’est bien son ventre, fait des cauchemars, délire. Mais cela reste très rare. Avec la maternité, il faut accepter son nouveau corps, de nouvelles responsabilités, l’équilibre de la femme et de son psychisme est bouleversé et transformé.

M. F. : Certaines femmes sont submergées par les exigences qu’impose un nourrisson, surtout si on leur a asséné que la maternité était la plénitude. Tandis que si on leur dit qu’elles ont le droit d’avoir des pensées meurtrières, que c’est normal d’éprouver ces sentiments, elles sont soulagées.
Elles craquent souvent parce qu’elles ne sont pas entourées, qu’on a minimisé leur souffrance, qu’elles n’ont pas été reconnues dans leurs affects.

PE. : Y a-t-il des fractures de l’enfance qui peuvent être en cause ?
C. A. : Il est certain qu’une famille dysfonctionnelle, où il y a eu de la maltraitance, de la violence, une carence, une absence de ien et de protection pendant l’enfance, nous replace face à ce problème quand on devient parent. On peut reproduire certains actes, comme le rejet.

M. F. : Une femme maltraitée à qui on n’a pas appris à dire sa souffrance, se renferme. Quand on est passé une fois à l’acte, on continue tant que personne ne nous arrête, que le problème n’a pas été découvert.


À lire :
La révolution intérieure : Psychologie de la grossesse et de la maternité, Corinne Antoine, Larousse, 29,99 €

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