L’homoparentalité revient sur le devant de la scène après qu’un juge français ait accordé la garde d’un enfant à un couple de lesbiennes. Une récente étude américaine affirme que ces enfants issus de familles homoparentales montrent une adaptation psychologique saine et normale.

L’homosexualité et l’homoparentalité restent un tabou dans nos sociétés occidentales. Aux États-Unis, une étude longitudinale menée pendant une vingtaine d’années auprès de 154 mères lesbiennes affirme que le développement psychologique de leurs enfants est équilibré, voire meilleur, que la norme américaine. Les chercheurs ont suivi des enfants nés entre 1986 et 1992 jusqu’à leur 17e anniversaire. Les questionnaires évaluaient leur adaptation psychologique, leurs relations sociales, leurs relations au sein de la famille et leurs progrès scolaires. Les résultats démontrent que dans l’ensemble, le niveau scolaire, les compétences en général et leurs relations sociales sont plus satisfaisantes. Il est également prouvé qu’ils ont moins de problèmes sociaux et comportementaux, ils transgressent moins les règles et sont moins agressifs. L’adaptation psychologique dépend du climat et du fonctionnement familial. Hétéro ou homo, un couple équilibré, partageant les responsabilités et assurant une stabilité financière, garantit le meilleur développement à l’enfant.

Questions à Martine Gross, ingénieure de Recherche en sciences sociales au CNRS. Spécialiste de la question de l’homoparentalité, elle a présidé l’Association des parents gays et lesbiens (1999 et 2003) :

1. Les familles homoparentales sont-elles plus soucieuses du bien-être, de l’éducation, de la sociabilité dans la société de l’enfant que les familles classiques ?
Comme dans la plupart des familles où il a fallu de longues démarches pour accueillir ou mettre au monde un enfant – adoption ou procréation – les familles homoparentales sont très attentives à leurs enfants. Plus déterminés à fonder une famille, ces couples craignent que toutes les difficultés rencontrées par les enfants soient rapportées à la structure familiale. Les familles « différentes » auraient moins droit à l’erreur que les autres et se mettent parfois la barre vraiment très haut…

2. Qu’est ce qu’apporte en plus ou différemment une famille homoparentale à l’enfant ?
Certes les familles homoparentales sont différentes du fait de leur structure. Mais en termes de valeurs, d’éducation, de mode de vie, de comportement, d’amour, d’affection, il n’y a pas vraiment de différences hormis une ouverture plus grande et un respect des différences comme l’ont prouvé mes études*.

3. Les parents homosexuels peuvent-ils apporter un amour structurant avec une différenciation père / mère ?
Pourquoi ne le pourraient-ils pas ? Le développement des enfants s’en trouverait perturbé. Or, nous avons un certain recul puisque les études menées depuis les années 1970 jusqu’à celle-ci concluent unanimement : les enfants ne vont ni mieux ni moins bien que les enfants élevés dans un contexte plus classique.
La triangulation évoquée par les psychanalystes jouerait dès lors qu’un tiers permet à l’enfant de ne pas être le « tout » de sa mère. Ce tiers n’est pas obligatoirement le père, ni même un homme. Toute personne envers laquelle la mère éprouve du désir contribuera à la construction psychique de l’enfant.
Quant à l’altérité sexuelle, il est certes nécessaire de ne pas priver l’enfant de contact avec l’autre sexe et que ses parents aient de l’estime pour des personnes des deux sexes.

4. Avec deux mères, le pôle aimant n’est-il pas surreprésenté au détriment du pôle d’autorité que représente le père ?
Non. D’abord bien des hommes ne jouent plus du tout ce pôle d’autorité et souhaitent construire leur paternité dans du relationnel, du tendre, du doux avec leurs enfants. Il n’est pas rare que dans les couples hétérosexuels, ce soit la mère qui remplisse une mission d’autorité et de discipline. Dans les familles homoparentales, les mères ou les pères adoptent selon le moment, le lieu, l’activité un rôle d’autorité ou de douceur qui ne sont pas figés dans le temps. De manière générale, les tâches parentales peuvent davantage être réparties selon les appétences et les compétences de chacun plutôt que selon un modèle sexué.

* Transmission des valeurs et des identités religieuses dans les familles homoparentales

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