L’association Santé Environnement France et ses 2 500 médecins (l’A.S.E.F) ont rendu public les résultats d’une étude inédite. Trois journalistes de « Pièces à conviction », une émission diffusée sur France3, ont accepté de se soumettre, pendant 15 jours, à un régime alimentaire particulier. Au menu, produits bas de gamme provenant d’enseignes discounts pour le premier. Alternance de produits industriels et petits plats maisons pour le deuxième. Enfin, alimentation 100% Bio pour le troisième.

Parallèlement, afin d’évaluer les modifications liées à ce changement de régime alimentaire, un laboratoire indépendant a analysé les urines des cobayes journalistes. L’expérience, probante, révèle les effets néfastes, à court terme, d’une mauvaise alimentation sur la santé.
Si celui qui a mangé bio a perdu 2 Kg, le journaliste qui s’alimentait à base de produits discounts a pris lui 2 Kg en 13 jours. Ses urines présentaient trois fois plus de gras que ces deux autres confrères, ainsi qu’un taux 4 fois plus élevé d’acide hippurique. Un acide lié à l’absorption du conservateur E210 que l’on retrouve dans les plats tout préparés, les pâtes à tartiner et les sodas. Régulièrement pointé du doigt, le E210 pourrait être responsable d’atteintes neurologiques chez l’enfant comme l’hyperactivité, par exemple.

L’expérience éclaire d’un jour nouveau le rôle de l’alimentation sur la santé et relance le débat sur l’obésité des personnes en situation de précarité économique. Encourageante, elle démontre qu’il est possible d’annuler les effets négatifs d’une alimentation nocive en changeant ses repas.

Questions au Docteur Patrice Halimi, secrétaire général de l’ASEF.

PsychoEnfants : Pouvez-vous nous rappeler l’objectif initial de l’étude « santé-alimentation » ?
Patrice Halimi : L’objectif de cette étude, conduite en partenariat avec France 3 et Ligne de Mire, était d’avoir une photo des polluants présents dans notre corps à un instant T et de voir comment tel ou tel régime alimentaire pouvait influer sur la quantité de toxiques présents dans notre organisme. Nous voulions savoir si changer d’habitudes alimentaires pouvait avoir un impact visible en seulement 15 jours.

PE. : Les résultats sont éloquents : trois fois plus de gras retrouvés dans les urines d’un consommateur de produits discounts. Quel est ce gras et quelles conséquences a-t-il sur la santé ?
P. H : Ce gras est de l’acide palmitique, un acide gras saturé, présent dans l’huile de palme qui est très utilisée dans l’industrie agro-alimentaire. Il serait impliqué dans des mécanismes en lien avec le diabète de type 2, l’obésité et les maladies cardiovasculaires. Il est également suspecté de provoquer une addiction qui conduirait à manger plus.

PE. : Quant à l’augmentation de l’acide hippurique, vous l’associez à la consommation du conservateur E210. Quel est ce conservateur ?
P. H. : Le E210 est l’acide benzoïque. Il est utilisé dans l’industrie agro-alimentaire pour la conservation des aliments.

PE. : Il serait dangereux pour les enfants. Pour quelles raisons ?
P. H. : Plusieurs études incriminent les colorants et conservateurs (dont le E210) dans les symptômes d’hyperactivité chez l’enfant. Le E210 peut également être responsable d’intolérances alimentaires.

PE. : Faut-il en conclure que tous les produits issus du discount sont mauvais pour la santé ?
P. H. : Notre étude ne visait pas à incriminer les produits discounts ou à les comparer aux produits de grandes marques. Nous voulions véritablement étudier le rôle des comportements alimentaires, les impacts de l’industriel « tout prêt » par rapport à la cuisine « maison ».

PE. : Votre étude démontre l’importance du rôle d’une bonne alimentation sur la santé. Mais comment parvenir à s’alimenter correctement lorsque l’on se situe en situation de précarité économique ?
P. H. : Utiliser des produits frais est primordial et ne coûte pas forcément plus cher, si l’on préfère les produits locaux et de saison. Il n’est pas toujours facile de tout cuisiner soi-même mais il est important, dans la mesure du possible, de prendre le temps de le faire.

PE. : Comment limiter notre exposition à des produits nocifs pour la santé ? Faut-il légiférer ?

P. H. : Pour limiter l’exposition au E210, le législateur pourrait l’interdire dans les produits consommés principalement par les enfants. En attendant, c’est au consommateur de rester vigilant en prenant soin de lire les étiquettes.

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