Depuis février 2010, une campagne s’adressant principalement aux jeunes parents dans l’incapacité de donner la vie, vise à sensibiliser les Français au don de sperme. Alors que chaque année l’Agence de biomédecine relève en moyenne 200 donneurs, notre pays compte aujourd’hui une vingtaine de Centres d’Étude et de Conservation des Œufs et du Sperme (Cecos) rattachés à des hôpitaux. Dans la mesure du possible, ces Centres font en sorte que le donneur et le futur père aient des critères physiques communs.

Questions à Fanny Damian, psychologue clinicienne au Cecos de Lyon

PsychoEnfants : Chaque année, le nombre de donneurs de sperme diminue. Comment l’expliquez-vous ?
Fanny Damian : La plupart des gens ne s’aperçoivent pas que beaucoup de couples ont du mal à avoir un enfant. Et puis, les démarches ne sont pas évidentes : un don nécessite cinq à six prélèvements espacés dans le temps… sans compter qu’il faut se masturber dans un environnement étranger. Cela peut intimider.

PE. : Pourquoi ces dons sont-ils encore tabous ?
F. D. : Parce que contrairement à d’autres dons, ils sont sexualisés, le recueil de sperme étant réalisé par masturbation. Les donneurs potentiels ont aussi parfois peur d’échouer, redoutant que l’équipe sache qu’ils n’ont pas réussi le prélèvement. C’est une démarche particulière, d’un point de vue personnel et du point de vue du couple…

PE. : Au niveau de couple, n’y a-t-il pas quelque part une impression d’infidélité ?
F. D. : Certaines personnes le formulent comme ça, oui. Mais, pour nous, il ne s’agit absolument pas d’infidélité. Le don de sperme est une démarche symbolique (aider des couples en difficulté pour le donneur) et biologique (réaliser son désir d’enfant pour le couple).

PE. : L’homme et le couple qui bénéficie de ce don se connaissent-ils ?
F. D. : Non bien évidemment. Cela fait partie du contrat de départ.

PE. : Mais comment ne pas penser que l’on ne connaîtra jamais tous ses descendants ?
F. D. : Les donneurs savent distinguer l’aspect paternel et l’aspect biologique. Raison pour laquelle ils doivent être obligatoirement papas. La paternité leur permet de mieux comprendre la différence d’engagement. Le père passe du temps avec l’enfant, s’investit, l’éduque, l’aime, le fait grandir. Le donneur offre juste son sperme, sans investissement ultérieur.

PE. : Outre le fait qu’ils soient pères, ces donneurs ont-ils des caractéristiques communes ?
F. D. : On constate qu’ils ont généralement fini de concevoir leur famille et sont âgés d’une petite quarantaine d’années. Ils ont souvent la culture du don (du sang notamment) et sont particulièrement sensibles à la détresse des autres.

PE. : C’est cette sensible qui les pousse à donner ?
F. D. : Cette sensibilité particulière les pousse en effet à vouloir redonner l’espoir à des couples en détresse… Ils veulent offrir à des couples la joie d’être parents. Ces donneurs ont généralement vécu la paternité comme quelque chose de très important dans leur vie… un événement à part… unique. Ils ont généralement pris conscience de la chance qu’ils avaient en voyant, par exemple, des proches ne pas pouvoir avoir d’enfants. C’est souvent, d’après ce qu’ils nous disent, l’élément déclencheur.

PE. : Toutefois, ils ne peuvent pas donner directement aux couples qu’ils connaissent…
F. D. : Non, le don est anonyme. Mais, dans certains Cecos, quand un couple vient avec un donneur, il attend moins longtemps pour bénéficier du don d’une autre personne.

PE. : Un enfant peut-il retrouver son donneur ?
F. D. : Non. En France, c’est impossible. Dès le premier rendez-vous, tout est anonyme. Il n’existe qu’une trace génétique conservée par le médecin. Et même si la loi devait changer ultérieurement, les personnes qui ont donné jusque-là ne pourraient jamais être identifiées. L’anonymat permet au donneur de bien différencier sa famille et les futurs enfants issus de son don. C’est un acte gratuit et désintéressé. Le couple receveur peut aussi choisir de ne pas révéler à son enfant qu’il est né d’un don.

PE. : Avez-vous déjà assisté à un contrecoup psychologique du côté du donneur ?
F. D. : À tout instant, jusqu’à l’utilisation du sperme, l’homme peut arrêter le processus. Nous effectuons un entretien psychologique avec lui au cours du 4ème ou 5ème prélèvement. Cet entretien est proposé dès le premier rendez-vous, mais il faut laisser le temps à l’homme de s’installer dans la démarche. Au terme de la série de prélèvements, le donneur doit revenir six mois plus tard pour des tests sérologiques. Il arrive qu’il ne revienne pas à cet examen, sans que nous ne sachions pourquoi. Son don n’est alors pas utilisé.

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www.fivfrance.com

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