Trente-trois enfants haïtiens ont atterri vendredi soir à Paris. Ils ont été accueillis par leurs parents adoptifs et par l’épouse du président français, Carla Bruni-Sarkozy. Leur arrivée intervient alors que la polémique s’intensifie autour de la question des adoptions d’enfants haïtiens.

Depuis le terrible séisme qui a frappé Haïti mardi 5 janvier, un chaos général règne sur l’île. Dans ce contexte, la question de l’adoption des petits haïtiens (la France est le pays qui en adopte le plus en temps normal) est des plus délicates. Alors que les associations de familles en France réclament le rapatriement de tous les enfants ayant une procédure en cours ; le gouvernement répond par la prudence mais assouplit toutefois le mécanisme.
Ainsi, vendredi 22, un premier transfert d’enfants a été effectué vers l’hexagone. Trente-trois petits haïtiens ont rencontré leurs nouvelles familles. Encadrés par la Croix-Rouge, parents et enfants ont bénéficié d’une cellule d’aide psychologique, destinée à les épauler.

Une démarche assouplie

Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères a récemment clarifié ce point devant l’Assemblée nationale. Il a précisé que les 394 enfants dont le jugement d’adoption a d’ores et déjà été prononcé seront rapatriés incessamment sous peu sur le sol français. Il se dit prêt à accélérer les procédures d’obtention des visas. Les trente-trois enfants arrivés vendredi ont bénéficié de cet assouplissement et selon « SOS Haïti enfants adoptés », 76 autres devraient suivre prochainement.
Cependant, au sujet des 628 autres enfants dont la procédure est en cours sans que leurs jugements aient pour autant été prononcés, le Quai d’Orsay ne se départ pas de sa prudence.
Un porte parole affirme qu’ « ils ne se dispenseront pas du feu vert haïtien ». Aucun enfant dont l’adoption n’aura pas été formellement ratifiée par le gouvernement haïtien ne sera transféré vers la France.

Le spectre de l’Arche de Zoé

Des centaines de parents se sont réunis samedi, devant le Ministère des affaires étrangères pour réclamer le rapatriement, au plus vite, de tous les enfants en cours d’adoption en Haïti. Que l’Etat haïtien l’ait validée ou pas, ils avancent le fait que ces enfants survivent dans de pénibles conditions.
Mais le premier danger est le risque d’adoptions illégales. Motivées certes, par l’émotion ou la pitié. Effectivement, passer outre l’aval haïtien mettrait la France en situation de non-droit. Tel que l’avait été l’Arche de Zoé au Tchad en 2003.
Aux parents adoptants qui s’insurgent contre « l’intransigeance bureaucratique » française, l’Unicef répond que « toute précipitation pourrait être dommageable ».

Placer un orphelin en famille d’accueil, et l’y ôter par la suite pour cause d’irrégularité ou sans chercher à retrouver les membres de sa famille serait extrêmement néfaste. C’est donc la protection des enfants haïtiens plus que leur adoption qui dicte la position de l’Etat français. A l’opposé, les Pays-Bas ont rapatrié mercredi, 109 enfants dont 44 pour lesquels le gouvernement haïtien ne s’était pas prononcé.

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