Mardi 1er décembre, la mère de Typhaine a finalement reconnu que sa fille de 5 ans n’avait pas disparu mystérieusement mais qu’elle était décédée à leur domicile suite à une punition qui aurait mal tourné…

Le compagnon et la mère de la petite Typhaine, 5 ans, ont été mis en examen après l’annonce de la mort de celle-ci.
Pourtant le 24 juin dernier, devant les caméras, Anne-Sophie Faucheur, la mère, tenait un avis de recherche et affirmait que Typhaine avait disparu alors qu’elles se promenaient ensemble à Maubeuge. Après avoir été confrontée à ses propres contradictions, la mère, âgée de 23 ans, a fini par avouer que sa fille était morte à son domicile.

« Douche froide »

Son compagnon, Nicolas Willot, 24 ans, a expliqué que Typhaine avait été mise sous une « douche froide » à l’occasion d’une punition. Il a également reconnu que la fillette était le souffre-douleur de la famille et qu’elle aurait subi de « nombreux sévices » de la part du couple.

Recherches

Anne-Sophie Faucheur avait récupéré Typhaine à la sortie de l’école, en janvier 2009, sans avertir son ex-concubin. L’enfant était déscolarisée depuis et ne sortait que très rarement de la maison.
Des recherches vont avoir lieu pour retrouver le corps de la fillette enterré par Nicolas Willot dans la forêt.

Questions à Marc Ferrero, psychologue.

PsychoEnfants : Comment expliquer que le couple ait attendu 6 mois pour avouer le drame ?
Marc Ferrero : Ce couple s’est enfermé dans le mensonge. Plus le temps passe plus il est difficile de revenir en arrière. Qui plus est lorsque l’on monopolise l’attention des médias. Il y a de la fascination à se voir dire ces mensonges via le petit écran. Ils mentent et assistent plus ou moins impuissants à l’ampleur que cela prend. Ils ont fini par croire ce qu’ils disaient car c’était plus confortable.

PsychoEnfants : On a l’impression que c’est la mère qui domine dans ce couple…
Marc Ferrero : Oui… Mais souvent, dans un couple, c’est la femme qui est à l’origine du mode de fonctionnement. Dans 70% des cas, c’est elle qui demande le divorce par exemple. La femme est plus forte dans le versant positif comme le négatif. En plus, le nouveau conjoint n’était pas le père de l’enfant. Il suivait davantage les exigences de sa compagne. Je pense qu’il était en partie instrumentalisé et ne voulait pas la perdre.

PsychoEnfants : Anne-Sophie Faucheur au moment de lancer son avis de recherche semblait très détachée devant les caméras. Pourquoi ?
Marc Ferrero : En psychologie, on dirait qu’elle était froide. Cela correspond à un développement psychique où les affects sont mis à distance. Elle s’interdit d’éprouver de la tristesse, de la peine ou des remords. Les mères infanticides sont toujours particulières. Elles ont des personnalités psychiques perturbées et un développement affectif atypique.

PsychoEnfants : Pourquoi était-elle violente avec Typhaine et non avec Caroline, sa fille aînée issue de la même relation ?
Marc Ferrero : Il s’est sans doute passé quelque chose avec cette enfant. Cette femme a eu son premier bébé vers 17 ans et le deuxième, Tiphaine, juste après. Elle était très immature. Elle n’était probablement pas prête à avoir trois enfants à 23 ans (elle a une fille de 1 an avec son dernier compagnon, Ndlr).
De plus, elle n’a pas élevé Typhaine (la fillette a toujours vécu chez son père, Ndlr). Elle n’a donc pas créé avec elle les mêmes liens. Elle ne connaissait pas ses points positifs et négatifs et y répondait donc mal.
C’est autant la mère qui fait l’enfant que l’enfant qui fait la mère, à travers les échanges qu’ils ont ou pas. C’est ce que Winnicott (psychiatre britannique, Ndlr) évoquait en parlant de « mère suffisamment bonne » avec le bébé, lorsqu’elle répond aux signaux émis par celui-ci.
Cette relation difficile avec Typhaine est sans doute en lien avec l’histoire personnelle de la mère. Ces femmes infanticides ont tendance à reproduire les comportements qu’elles ont pu connaître.

PsychoEnfants : D’après La Voix du Nord, la mère aurait elle-même reçu des coups étant plus jeune…
Marc Ferrero : Ce sont des répétitions de situations traumatiques. Il ne s’agit pas d’excuser mais de comprendre pourquoi cette mère a agi de la sorte, pour que cela ne se reproduise plus. On peut trouver de l’aide auprès des PMI (Protection Maternelle et Infantile), de l’entourage familial et amical, même si l’on note souvent un isolement important de ces personnes. La vie de cette femme n’est pas terminée. Il faut lui laisser la possibilité de changer, de se reconstruire.

PsychoEnfants : Y a-t-il des profils de personnes plus sujettes à ces fillicides ?
Marc Ferrero : Certaines familles isolées, sans réseau amical ou familial, mais c’est tout. Il y a des familles démunies qui adorent leurs enfants et des aisées qui les battent. Les mères tuent pour diverses raisons et plutôt en portant des coups. Les hommes agissent davantage par vengeance par rapport à la mère qui veut partir ou qui les trompe. Ils utilisent plus des armes et sur des enfants un peu plus âgés.

PsychoEnfants : Y a-t-il souvent un enfant cible dans ces familles ?
Marc Ferrero : Oui. Il y a toujours de « bonnes » raisons pour prendre un enfant en grippe. Parce que l’enfant rappelle la rupture avec le père, qu’on regrette d’avoir perdu une partie de sa vie, qu’il a été conçu dans la violence, parce qu’il n’a pas les yeux de la couleur souhaitée…

PsychoEnfants : Comment expliquer que les mères n’ont pas l’air d’avoir de regret ?
Marc Ferrero : Elles ne se sont pas attachées à l’enfant. Certaines mères ont des difficultés à être mères. Faire un enfant c’est différent de le concevoir ou le porter. J’en rencontre qui sont heureuses d’être enceintes car elles peuvent tout imaginer tant que le bébé est dans le ventre. Puis la naissance vient tout briser. La vie fantasmatique ne peut plus continuer. La réalité est brutale. Tiphaine a pu être un accident de grossesse qui s’est transformé en accident véritable.

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