Sa virginité mise aux enchères

« Bonjour, je m’appelle Evelyn et j’ai décidé de vendre ma virginité aux enchères ». Cette phrase choc est en réalité le début de l’annonce qu’une jeune Équatorienne de 28 ans a mis en ligne, le 10 mai dernier. Cette femme de ménage à mi-temps assure que son salaire ne lui permet pas de payer la totalité des soins dont nécessite sa mère malade. Vivant dans la région de Valence en Espagne, elle a ainsi décidé de monnayer sur un site Internet (quebarato.com) sa virginité, certificat médical à l’appui. En échange, elle souhaite que certaines de ses conditions soient respectées. Une personne de confiance l’accompagnera pour ce rendez-vous particulier. Elle espère que l’homme choisi, qui devra absolument porter un préservatif, sera doux et attentionné, et ce malgré les baisers et les caresses qui lui seront interdits.Même si les enchères ont débuté à 15 000 euros, ce n’est pas uniquement l’argent qui semble intéresser la jeune femme. Elle a en effet refusé l’offre d’un homme qui lui proposait 2,3 millions d’euros, parce que celui-ci souhaitait continuer à la voir après leur rencontre. Evelyn avoue mal vivre la situation mais explique ne plus pouvoir faire machine arrière. Elle n’est pourtant pas la première femme à recourir à une telle pratique. Une Américaine de 22 ans, qui se faisait appeler Nathalie Dylan, avait déjà procédé de la sorte en septembre dernier. Elle espérait récolter un million de dollars pour financer ses études. De même, en mai 2009, un homme d’affaires italien âgé de 45 ans a offert 10 000 euros à une Roumaine de 18 ans, en échange des mêmes services.

Sylvain Mimoun est gynécologue, andrologue et psychosomaticien (gynécologue et psychiatre). Il exerce à Paris où il est responsable de l’Unité de gynécologie psychosomatique et d’étude de la sexualité humaine à l’hôpital Robert Debré. Il est le co-auteur de Sexe et Sentiments : Version femme / Version homme, avec Rica Etienne, aux éditions Albin Michel.

PsychoEnfants : Peut-on tout vendre aujourd’hui ? Où se situent les limites ?
Sylvain Mimoun : Malheureusement, les limites sont sans cesse repoussées par l’actualité. Il y a quelques temps, on pensait que le corps n’était pas vendable, en tout cas pas sur Internet. Certes le fait de marchander son corps a toujours existé mais ce sont les moyens utilisés qui ont évolué.

P. E : La vente du corps représente-t-elle le dernier recours ?
S. M : Quand on n’a plus rien à vendre, qu’il ne nous reste aucun bien, on a souvent tendance à se dire que le corps est la seule chose que l’on possède vraiment. Mais cela ne concerne pas que le corps, ici, il est également question de la jeunesse. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. La perversion ultime serait pour une jeune fille de chercher à se faire refaire l’hymen afin de pouvoir offrir à chaque fois une nouvelle virginité.

P. E : Quelles pourraient être les conséquences psychologiques d’un tel acte pour la jeune fille ?
S. M : Une jeune femme qui agit de la sorte est une personne qui ne se respecte pas. Elle se vit comme un corps objet, un corps marchandé. Après, tout dépend de la situation dans laquelle elle se trouve. Si elle est en train de se noyer, alors bien sûr, l’important est qu’elle puisse sortir la tête de l’eau pour pouvoir respirer. Mais si elle utilise son corps parce qu’elle croit faire une bonne affaire, alors elle se trompe. Les séquelles risquent d’être plus dramatiques.

P. E : C’est-à-dire ?
S. M : La personne risque, par exemple, de ressentir des douleurs physiques. Mais celles-ci pourront traduire d’autres douleurs, plus psychologiques et plus profondes.

P. E : Le fait de dire qu’elle agit de la sorte pour sa mère, est-ce une tentative de justification ?
S. M : Evidemment, c’est un moyen de se justifier. Maintenant, est-ce vrai ou à moitié vrai, on ne le saura peut-être jamais. Ce qui est sûr, c’est qu’il est plus facile de se poser en victime plutôt que d’assumer ses actes. C’est comme un mendiant qui quémande sous prétexte que c’est lui qui fait vivre sa famille, qui ramène le plus d’argent au foyer. Il est plus facile de croire que l’on va nous aider lorsque l’on se situe dans cette position d’infériorité.

P. E : Ce phénomène est-il un cas isolé ou est-ce plus commun qu’on ne le pense ?
S. M : Concernant la question d’Internet, c’est l’une des premières fois que l’on en entend parler. Mais cela ne signifie pas que ça n’existait pas auparavant. Certaines femmes s’arrangent avec leur entourage pour savoir ce qu’elles peuvent faire avec leur corps, jusqu’où elles peuvent aller.

P. E : C’est donc une forme de prostitution ?
S. M : Oui tout à fait, c’est de la prostitution ciblée, même si ces jeunes femmes ne se considèrent pas comme des prostituées. Ce qui est nouveau, c’est d’utiliser le principe des enchères. C’est anonyme et ça a quelque chose d’attrayant. La personne entre dans une forme de jeu et elle ne se rend pas toujours compte des conséquences et des répercussions que cela peut avoir.

P. E : Enfin, pourquoi des hommes sont-ils prêts à payer autant pour s’offrir ce type de service ?
S. M : Ces hommes sont blasés. Ils ne veulent pas d’une prostituée tarifée. Dans ce cas, ils cherchent une femme novice. Il y a chez certains hommes le fantasme de la dévirginisation, beaucoup plus que chez les femmes. L’homme se dit que, si la femme est vierge, alors il n’aura pas de rival.

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